Décès de Maurice Le Noury

C’est un personnage emblématique et d’une gentillesse incroyable qui disparaît avec Maurice Le Noury. Ancien para des SAS, il vivait à Gien depuis plusieurs années et se faisait un devoir d’être présent à chaque cérémonie de commémoration dans la région, à commencer par les cérémonies d’hommage aux victimes de l’attaque du Maquis de Lorris par les Allemands le 14 août 1944. Maurice Le Noury nous a quitté à l’âge de 97 ans, son parcours est remarquable, et c’est avec beaucoup de tristesse que je vous invite à le découvrir.

Maurice Le Noury ici au centre avec son béret rouge, aux côtés de Bernard Chalopin et des anciens du maquis de Lorris, lors de la cérémonie de commémoration de l’attaque du maquis par les Allemands le 14 août 1944 (Droits réservés, AFAAM, 2016)

Né le 27 décembre 1921 à Villegats, Maurice Le Noury a donc 19 ans en novembre 1941 lorsqu’il décide de quitter la France alors occupée par les troupes allemandes. Il franchit la ligne de démarcation clandestinement et se retrouve en zone libre, direction Marseille. Il s’embarque ainsi pour l’Afrique du Nord où il s’engage aussitôt à Alger dans le 1er Régiment de Zouaves de l’Armée d’Afrique.

En juillet 1943, à Tizi Ouzou, le jeune Maurice se porte volontaire pour intégrer le French Squadron du 2nd SAS Regiment, une unité d’élite des forces spéciales des armées britanniques, et subit le dur entraînement des commandos à Philippeville. La mission des SAS, contrairement aux troupes parachutistes classiques, n’est pas d’engager l’armée allemande de front, mais d’opérer sur les arrières de l’ennemi des missions de guérilla, de sabotage et de harcèlement, sans appui, avec des effectifs réduits.

Breveté parachutiste en Angleterre à Ringway en avril 1944, Maurice Le Noury s’entraîne à Ayr et en Écosse, mais ne peut participer aux opérations aéroportées de son régiment en Bretagne, à cause d’une blessure contractée à l’entraînement dans le sud de l’Angleterre, peu de temps avant le Débarquement du 6 juin.

Il pourra néanmoins participer à la mission RUPERT dans la forêt de Bar-le-Duc (Meuse) quelques semaines plus tard, où il est parachuté dans la nuit du 9 au 10 août 1944 avec ses équipiers anglais. Chaque homme est équipé d’un Colt 45, un poignard US et une carabine à crosse repliable ou une mitraillette Sten. Seul français de son stick (une compagnie de combat compte une section de commandement et deux sections de combat à quatre groupes, les sticks), il fera office d’interprète et de relais auprès de la population lors de la libération de Saint-Dizier.

De retour en Angleterre une fois la mission accomplie, il rejoint à l’automne 1944 le 3rd SAS Regiment, ou 3ème Régiment de Chasseurs Parachutistes (3ème RCP) pour les Français. Maurice Le Noury est de nouveau parachuté le 8 avril 1945, cette fois en Hollande dans le cadre de l’opération AMHERST. Les 2nd et 3rd SAS Regiments précèdent le 2ème Corps canadien et doivent créer la confusion chez l’ennemi, l’empêcher d’établir une ligne de défense et préserver les ponts. Maurice Le Noury est alors le radio du lieutenant colonel de Bollardière, et participe à ses côtés à la Libération de Spier. L’opération est un succès, mais les pertes des deux régiments SAS sont lourdes, le 3ème RCP compte à lui seul 12 tués, 40 disparus et 20 blessés.

Maurice Le Noury est démobilisé à Angers le 11 septembre 1945 avec le grade de caporal, et recevra par la suite une multitude de décorations en récompense des services rendus : Chevalier de la Légion d’honneur, Médaille Militaire, Croix de Guerre 39-45 avec citations, Croix du Combattant Volontaire.

Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de ses mémoires, rédigées avec l’aide de son ami Gilles Bré, dans l’ouvrage intitulé « En suivant mon étoile, mémoires de guerre d’un ancien parachutiste SAS de la France Libre », publié aux Éditions de l’Écluse en août dernier, et que vous trouverez sans peine en vente au Musée de la Résistance et de la Déportation de Lorris qu’il connaissait si bien.

MAJ 21/02/2019

Ne ratez pas, à l’initiative de l’équipe du musée, le dimanche 17 mars prochain, à 14h30, la conférence de son auteur, Gilles Bré, également spécialiste du Débarquement de Normandie (« Un pont en Normandie », « Chroniques du Jour-J ») :

Du maquis de Chambon à la Hollande : parcours de parachutistes du Loiret

La conférence se déroulera au Centre Culturel du Martroi à Lorris.