Revenir à Résistants et Résistantes

Geneviève de Gaulle-Anthonioz

L’annonce au Mont-Valérien le 21 février dernier par le chef de l’Etat du transfert des cendres au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jean Zay et Pierre Brossolette, tous quatre figures illustres de la Résistance, est l’occasion pour nous de mettre en lumière le travail effectué par les élèves du Club Résistance 2007-2008.

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C’est en effet pour célébrer l’inauguration du Collège des Bordes au nom de Geneviève de Gaulle-Anthonioz en 2008 que les élèves volontaires de 3ème du Club résistance ont réalisé des recherches sur son parcours, travail qui a permis l’élaboration de panneaux permanents fixés dans le  hall de l’établissement et abordant  particulièrement son engagement dans la résistance. Dans le même temps, une exposition temporaire était consacrée à son internement au camp de concentration de Ravensbrück en Allemagne. Des élèves des classes de cinquième ont également participé à la réalisation du panneau consacré à l’engagement de Geneviève de Gaulle-Anthonioz contre la misère et la pauvreté (voir bilan complet du projet en suivant ce lien).

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« L’entrée » de l’exposition temporaire

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Pour compléter ce premier travail de recherche, deux interventions ont permis aux élèves de mieux appréhender la personnalité de Geneviève de Gaulle-Anthonioz : Joëlle Mazoyer, membre d’ATD Quart Monde, a rencontré tout d’abord les élèves du Club Résistance ainsi que les élèves de cinquième pour expliquer le rôle et le travail de Geneviève de Gaulle-Anthonioz au sein de l’association, tandis qu’Yvette Kohler, résistante et déportée au camp de Ravensbrück, intervenait également  auprès des élèves pour leur raconter son internement à Ravensbrück.

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Le 26 avril 2008, l’inauguration officielle du Collège des Bordes au nom de Geneviève de Gaulle-Anthonioz se faisait en présence des élèves du Club Résistance et de la famille de Geneviève de Gaulle-Anthonioz.

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Yvette Kohler au centre de la photo souvenir, en compagnie des enfants de Genevève de Gaulle-Anthonioz, d’Eric Doligé (Conseil Général), des professeurs concernés par le projet, Mélanie Cochet et Benoît Momboisse, du Principal du Collège Frédéric Marchand, et des élèves du Club Résistance, Les Bordes, 26 avril 2008 (Droits réservés, Benoît Momboisse)

Un voyage en Allemagne en mai 2008 aura aussi été l’occasion pour les élèves de découvrir l’univers concentrationnaire au travers de la visite du camp de Ravensbrück dans lequel  Geneviève de Gaulle-Anthonioz et  Yvette Kohler ont été internées. Deux DVD-Video destinés aux futurs élèves ont alors été élaborés à cette occasion. A noter que l’aboutissement du projet devait être la réalisation par le Club Résistance 2009 d’un film sous forme de reportage sur le récit par Yvette Kohler de son internement au camp de Ravensbrück, projet malheureusement inachevé en raison du décès d’Yvette Kohler quelques semaines plus tard.

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Temple républicain sur le fronton duquel figure la devise « Aux grands Hommes la patrie reconnaissante », le Panthéon accueille donc le 27 mai 2015, en présence de 19 élèves du collège Geneviève de Gaulle-Anthonioz, « deux femmes et (…) deux hommes qui ont incarné les valeurs de la France quand elle était à terre », a expliqué le chef de l’Etat, lors d’un hommage aux héros de la Résistance. « J’ai voulu que ce soit l’esprit de Résistance qui puisse être salué » par le choix de ces quatre personnalités qui seront « autant d’exemples pour la Nation », a souligné François Hollande, qui a également insisté sur le choix de deux femmes « pour rappeler la contribution de toutes celles, anonymes le plus souvent, qui ont fait partie de l’armée des ombres ».

Vous trouverez ci-dessous une petite biographie réalisée par les élèves ainsi que les photos des panneaux qui figurent dans le hall de l’établissement depuis l’inauguration en 2008.


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Geneviève De Gaulle naît le 25 octobre 1920 à Saint-Jean-de-Valériscle dans le Gard, où son père, Xavier De Gaulle, frère aîné du Général De Gaulle, est ingénieur des Mines. Elle perd sa mère à l’âge de quatre ans. A treize ans, son père lui fait lire une traduction de « Mein Kampf » pour qu’elle sache ce qu’est le nazisme naissant.

Résistante dès 1940 au sein du réseau du Musée de l’Homme, puis membre fondateur de Défense de la France, elle fut arrêtée le 20 juillet 1943 et déportée au camp de Ravensbrück, jusqu’au 28 février 1945.

A sa libération, elle rencontre Bernard Anthonioz, jeune éditeur, résistant, qu’elle épouse et dont elle aura quatre enfants. Avec lui, elle s’engage au RPF (Rassemblement du Peuple Français), puis, au retour du général De Gaulle, auprès d’André Malraux au ministère de la culture.

Geneviève De Gaulle Anthonioz fait alors la connaissance du Père Joseph Wresinski, créateur d’ATD Quart Monde, qui lui demande son aide ; c’est une évidence, elle s’engage, de nouveau, corps et âme, et retrouve cet esprit de résistance contre la misère, contre toutes les fatalités.

Présidente à partir de 1956 de l’Association nationale des anciennes déportées et internées de la Résistance (ADIR), présidente d’ATD Quart Monde en 1964, membre du Conseil économique et social, Geneviève De Gaulle Anthonioz reçut le prix des Droits de l’Homme en France et dans le monde et fut élevée à la dignité de Grand-Croix de la Légion d’Honneur, pour la première fois attribuée à une femme. Elle raconte son expérience dans deux livres, « La traversée de la nuit », et « Le secret de l’espérance ».

Geneviève De Gaulle Anthonioz s’est éteinte le 14 février 2002, ayant fait de sa vie un combat permanent pour la dignité de l’Homme.

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En septembre 1939, la guerre est déclarée. Geneviève de Gaulle a dix-neuf ans. Elle est étudiante en histoire à Rennes au moment de l’armistice. La France est vaincue selon Pétain, mais Geneviève de Gaulle n’admet pas la défaite « Accepter cela était insupportable pour moi (…). Ma décision de « résister » quoi qu’il arrive, je l’ai prise, je crois, ce jour-là, en entendant Pétain parler à la radio. ». Le lendemain, le 18 juin, son oncle le Général de Gaulle lance son appel depuis Londres : la France doit continuer à se battre.

Ses premières actions sont « symboliques, ridicules » dira t-elle plus tard, mais elles marquent les débuts de la résistance civile : arracher un drapeau à croix gammée ou des affiches de propagande, coller des petites croix de Lorraine, symbole de la France Libre, sur les murs….

En 1941, Geneviève poursuit ses études à Paris, chez sa tante Madeleine qu’elle aide à transmettre des renseignements à Londres et à diffuser des dizaines de photos du Général de Gaulle. Elle intègre alors, sans le savoir, le réseau du « Musée de l’Homme » et ses diverses activités : filières d’évasion, diffusion de tracts, édition d’un journal (« Résistance »), communication de renseignements en Angleterre…. Face aux perquisitions de la police et de la Gestapo, Geneviève est contrainte en 1942 d’entrer en clandestinité. Changements de domicile, d’identité, c’est munie de faux papiers qu’elle exécute des missions périlleuses en zone occupée comme en zone libre, transportant du courrier pour la Résistance, participant à l’organisation d’une filière de passage vers l’Espagne ou parcourant les bois à la recherche de terrains permettant le largage d’armes par les avions anglais.

Geneviève rejoint en avril 1943 le mouvement « Défense de la France » où, devenue secrétaire de rédaction et responsable de la diffusion du journal, elle poursuit la publication clandestine de tracts et journaux, la diffusion de faux papiers et de photos du Général De Gaulle dont elle écrit et diffuse aussi la biographie.

Mais le 20 juillet 1943, trahis par un agent infiltré, plusieurs membres du réseau sont arrêtés. Geneviève ne peut cacher son identité bien longtemps. Violemment battue, livrée aux Allemands qui la font incarcérer six mois à la prison de Fresnes, elle est conduite au camp de Royallieu près de Compiègne le 19 janvier 1944, point de départ des sinistres convois vers l’Allemagne.

Les détenues ignorent tout de leur destination finale : « Nous ne savions pas du tout que Ravensbrück existait (…). La chambre à gaz, on ne savait pas. La Shoah, on ne savait pas. ».

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Le 3 janvier 1944, Geneviève De Gaulle part avec 958 autres femmes vers le camp de Ravensbrück en Allemagne. Après un long voyage éprouvant dans un wagon à bestiaux, elle arrive le 3 février 1944 au camp, et devient le matricule 27372.

Ce camp, réservé aux femmes, est construit sur d’anciens marécages et nécessite de gros travaux de terrassement. Très vite épuisée par cette tâche, Geneviève De Gaulle est alors envoyée dans les ateliers de couture, battue. Son nom ne lui épargne aucune souffrance. Les conditions de vie sont terribles, mais elle garde foi et espoir au contact de plusieurs françaises dont Germaine Tillion, ethnologue, déportée avec sa mère. Elle retrouve aussi son amie Jacqueline d’Alincourt, internée pour faits de résistance politique. Ce sont ces amitiés qui lui permettent de survivre aux humiliations quotidiennes, aux coups, aux insultes, au manque de nourriture. A l’intérieur du camp, les plus fortes soutiennent les plus faibles à travers le partage du repas, et les femmes se retrouvent autour de Geneviève De Gaulle qui explique l’action de résistance de son oncle. C’est par une prisonnière tchèque qu’elle apprendra la libération de Paris et le triomphe du Général. Mais elle est bientôt jetée au cachot. Murée dans l’isolement entre le 28 octobre 1944 et février 1945, elle doute, elle s‘interroge sur sa foi qui vacille, elle s’interroge aussi sur cette fumée qu’elle voit s’élever à partir de janvier derrière ses barreaux. Elle comprendra plus tard qu’il s’agissait des fours crématoires. Ignorant qu’Himmler veut se servir d’elle contre son oncle qui refuse tout marchandage, elle traverse cette épreuve sans perdre espoir, recevant même le soutien de ses amies d’infortune qui lui font parvenir un  colis réconfortant à Noël. Elle raconte ce terrible isolement dans « La traversée de la nuit » paru en 1998.

En février, des soins lui sont donnés, et elle retrouve la liberté quelques semaines plus tard, sans compensation. On l’appelle par son nom pour la première fois avant de l’entraîner dans le compartiment d’un train qui l’emmène vers la liberté et son père, devenu consul général de France en Suisse.

Cet épilogue heureux lui permettra de témoigner puis de construire son combat contre la misère.


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A la fin des années 1950, Geneviève De Gaulle Anthonioz rencontre le Père Joseph Wresinski. Il lui fait visiter le camp de Noisy-le-Grand qui abrite des familles entières, trop pauvres pour se loger. Elle est frappée par la misère qu’elle découvre mais aussi par la fraternité et la solidarité qui y règnent. Les visages qu’elle rencontre lui rappellent la détresse de ses compagnons dans le camp de concentration de Ravensbrück.

Geneviève De Gaulle Anthonioz s’engage alors pleinement : elle participe à l’organisation d’une campagne radiodiffusée afin de collecter du charbon, elle va aussi intercéder auprès du ministre pour que le camp ne soit pas détruit sans se soucier des occupants, elle favorise l’accès des familles à la culture et à l’éducation, mais elle doit aussi faire face à l’inertie des pouvoirs publics, et à l’indifférence et l’incompréhension.

De 1964 à 1998, Geneviève De Gaulle Anthonioz préside l’association du père Wresinski, ATD Quart monde, restant fidèle à ses volontés : le refus de l’assistance, le souci de donner la parole aux démunis, la volonté de détruire la pauvreté, et non de la soulager. En juillet 1998, elle obtient, après un long combat, le vote de la loi d’orientation de lutte contre les exclusions.

Même après son départ de la présidence de l’association, elle restera une volontaire permanente.

Le kakemono ci-dessous, et les trois panneaux réalisés avec les élèves :

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Le panneau consacré à l’engagement de Geneviève de Gaulle-Anthonioz auprès d’ATD Quart monde a été réalisé par des élèves des classes de 5ème du collège, contrairement aux autres réalisés par des les élèves de 3ème du Club Résistance, le tout bien sûr imprimé au final par une entreprise spécialisée.

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Ce sont les élèves qui ont choisi ce court extrait du discours de Jacques Chirac lors des obsèques de Geneviève de Gaulle-Anthonioz en 2002 pour compléter leur présentation le jour de l’inauguration.

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Réalisations d'élèves avec leur professeur d'Arts plastiques Mélanie Cochet

Réalisations d’élèves avec leur professeur d’Arts plastiques
Mélanie Cochet

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Tous deux sont désormais en bonne place dans le hall d’accueil

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

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