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La cérémonie du 13 août 2017 au Carrefour

Le 13 août 2017 se tenait la cérémonie annuelle du Souvenir au Carrefour de la Résistance, à l’occasion du 73ème anniversaire des combats du maquis de Lorris.

Une cérémonie marquée par l’évocation des nombreux tués lors de l’attaque du maquis par les Allemands le 14 août 1944, et des différentes actions menées pour la libération du territoire par les maquisards. C’est autour du monument érigé en 1946 que l’Association des Familles et Amis des Anciens du Maquis, l’AFAAM, perpétue chaque année le souvenir des événements tragiques qui ont fortement marqué l’histoire locale.

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Comme chaque année, nombreuses ont été les différentes parties impliquées dans l’organisation de la cérémonie puisque outre l’AFAAM bien entendu, le Souvenir Français, l’Office National des Forêts, ainsi que les communes de Dampierre-en-Burly, Les Bordes, Lorris, Montereau, Ouzouer-sur-Loire, Vieilles-Maisons-sur-Joudry et Varennes-Changy, ont contribué à la réussite de l’événement.

Après le lever des couleurs et une première marseillaise à 16 heures précises, c’est comme à l’accoutumée par le défilé des associations patriotiques et de leur drapeau que débutent les cérémonies.

Suivra l’office religieux oecuménique à l’ombre des des arbres de la forêt du carrefour, juste le temps pour les jeunes des communes investies de prendre volontiers leurs repères avant de déposer au cimetière des Maquisards 60 roses rouges sur autant de cénotaphes.

 

Les porte-drapeaux toujours nombreux mènent la procession (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

Les jeunes toujours aussi investis (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

Devant les 60 cénotaphes fleuris des maquisards (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

La cérémonie, toujours dirigée de main de maître par le commandant Gabriel Huet, s’est ensuite poursuivie devant le mémorial, en présence des 7 anciens du maquis présents, dont Étienne Girard, tout spécialement venu d’Arles pour l’occasion.

(de g. à d.) : Etienne Girard, Jean Héau, Jacques Blain, Pierre Benoist, Robert Turpin, Bernard Chalopin, Robert Gérard (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

Quatre jeunes entament alors la lecture des « morts pour la France » devant la façade du mémorial, avant le dépôt des gerbes des autorités. Se sont ainsi succédé, pour l’AFAAM, Bernard Chalopin et Denis Godeau, suivis de Alain Grandpierre, vice-président du Conseil Départemental, Anne Besnier, vice-présidente du Conseil régional, Jean-Noël Cardoux et Jean-Pierre Sueur, sénateurs du Loiret, Claude de Ganay, député du Loiret. Une gerbe a également été déposée au nom de Richard Ramos, député du Loiret, avant que Blandine Georjon, sous-préfète de Phitiviers, représentant le préfet pour la région Centre-Val de Loire, ne vienne clôturer l’exercice.

L’appel aux morts, un moment particulièrement solennel pour nos jeunes (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

Denis Godeau, Président de l’AFAAM, prend ensuite la parole pour évoquer le souvenir des événements de 1944, laissant la place à l’allocution de la représentante de l’État Blandine Georjon. La cérémonie se terminera avec le salut des autorités aux porte-drapeaux, aux maquisards, et à la musique des pompiers dirigée par Daniel Chaumeron.

Bernard Chalopin et Denis Godeau rendent hommage aux maquisards de Lorris (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

La chorale de Lorris a accompagné cette cérémonie en interprétant le Chant des Partisans et la Marseillaise.

Vous n’êtes pas sans ignorer si vous suivez régulièrement les informations sur notre site que l’un des principaux objectifs de l’AFAAM est de veiller à la conservation du site du Carrefour de la Résistance. Au cœur de ce projet, la mise en valeur historique des différentes maisons forestières du Carrefour. 4 nouveaux panneaux consacrés à l’histoire de ces maisons forestières ont ainsi été dévoilés en ce 13 août au public, installés devant chacune des 4 maisons du carrefour. Les opérations de débroussaillage, de consolidation des ruines et de sécurisation des lieux déjà bien avancées des maisons de Lorris et des Bordes se poursuivront, et font désormais l’objet d’une concession entre l’AFAAM et l’ONF pour une durée de 5 ans, laissant ainsi à l’association le soin de veiller à leur entretien.

(Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

 

La maison forestière des Bordes, avant nettoyage, puis aujourd’hui. Notez la plaque d’origine cachée par la végétation jusque là, et rendue de nouveau visible.

Maison forestière des Bordes (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, juillet 2017)

Maison forestière des Bordes (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, juillet 2017)

 

Maison forestière des Bordes (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

Le panneau affiché devant la maison forestière des Bordes (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

Maison forestière de Lorris (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, juillet 2017)

La maison forestière de Lorris a elle aussi bénéficié d’un petit lifting avant la cérémonie !

 

Maison forestière de Lorris (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, juillet 2017)

 

Maison forestière de Lorris (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, août 2017)

Le panneau affiché devant la maison forestière de Lorris (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

Le panneau affiché devant la maison forestière d’Ouzouer-sur-Loire (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

Le panneau affiché devant la maison forestière de Montereau (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

C’est dans cette maison de Montereau que Monique Goy (épouse Masson), 8 ans à l’époque, vit avec sa famille en ce funeste 14 août 1944. Présente ce dimanche au carrefour, c’est avec émotion qu’elle est revenue sur les lieux où son père est exécuté par les Allemands. Voici son témoignage :

Famille Goy, 1943 (Droits réservés, AFAAM)

J’avais 8 ans en août 1944. Mes parents avaient invité pour les vacances la petite fille de Madame Marchand, demeurant à Ouzouer, et chez lui je prenais pension pendant l’année scolaire. Cette enfant était un peu plus âgée que moi, c’était la fille de Mme Marchand qui habitait à Paris. Son prénom était Renée mais il me semble qu’elle ne portait pas le nom de son père.

          Le matin du 14 août, c’est mon père qui m’a réveillée, il venait me dire au revoir avant de partir, il avait un brassard sur l’une de ses manches. Depuis longtemps déjà je le voyais peu et il passait souvent la nuit hors de la maison. Je ne sais pas quelle heure il était. Plus tard, à la cuisine, régnait une atmosphère inhabituelle. Monsieur Dutertre était assis devant la table, mon père devant la fenêtre observait ce qui se passait à l’extérieur.

          Ma petite sœur s’est mise à pleurer et mon père m’a demandé d’aller au camp chercher ma mère. Je suis sortie par l’arrière de la maison et j’ai couru jusqu’au camp. Ma mère était dans une chambre avec des blessés. Il me semble que quelqu’un parlait de mettre des matelas devant les fenêtres pour protéger les blessés ou peut être ai-je vu quelqu’un dresser des matelas… Ma mère m’a prise par la main et nous sommes rentrées à la maison en courant. A ce moment il n’y avait pas encore d’Allemands au Carrefour même.

          Plus tard encore, j’entendis dehors un cri qui ressemblait à un ordre et une explosion ébranle la maison. J’eus une mèche de cheveux coupée et des écorchures aux jambes. Tout le monde partit se cacher dans le couloir derrière la cuisine. Les Allemands entrèrent en même temps par la porte de devant et par celle de derrière. Je vis partir mon père et Monsieur Dutertre, les bras en l’air, je ne les ais pas revus.

          Des Allemands se mirent à fouiller la maison et ses dépendances. Ils obligeaient ma mère à ouvrir les portes et à entrer avant eux en la menaçant de leurs mitraillettes. Je ne crois pas qu’ils aient fait des découvertes compromettantes pour nous ; pourtant il y avait à la maison un parachute (dans lequel ma mère a taillé des vêtements pour ma sœur et moi après la guerre) et des armes que mon père avait dit avoir cachées avant l’arrivée des Allemands et que nous n’avons jamais retrouvées.

Monique Goy (épouse Masson), le 13 août 2017 (Droits réservés, AFAAM)

          D’autres Allemands s’installèrent dans la cour devant la maison et y restèrent tout l’après midi. Dans mes souvenirs, ma mère est toujours dans la maison, elle s’occupe de ma petite sœur ; et moi je rôde, je regarde, tantôt dedans, tantôt dehors. Il y a un moment où je n’ai plus vu ma mère, les Allemands l’avaient emmenée à la fontaine qui se trouvait entre la route de Viverot et la route de la Couâme : ils étaient furieux parce qu’il n’y avait pas d’eau.

          Je me rappelle m’être approchée de la barrière qui fermait notre cour ; un soldat m’a arrêtée. Il a sorti de sa poche un portefeuille d’où il a extrait des photos d’une femme avec des enfants et il m’a dit : « C’est la guerre ».

          Il y avait foule sur le Carrefour. J’ai aperçu devant la maison forestière des Bordes des hommes alignés face à des Allemands. J’ai vu passer entre la maison forestière de Lorris et celle des Bordes des Allemands accompagnant des blessés ; l’un d’eux ne pouvait pas marcher, ils le traînaient. J’ai pensé à celui qui avait été blessé à la poitrine pour qui ma mère préparait des laits de poule et qu’elle aidait à boire.

          Des coups de feus retentissaient par rafales. Une voiture militaire allemande est arrivée par la route du Romeux. J’y ai vu un jeune garçon portant une chemise bleue ciel.

          Depuis plusieurs jours logeait à la maison une infirmière qui soignait les blessés du maquis. Je l’ai vue le matin au camp où je suis allée chercher ma mère, je ne l’ai plus revue par la suite.

          Dans la soirée, les Allemands sont partis. Il faisait encore jour. Les maisons des Bordes et de Lorris flambaient comme des torches et des explosions retentissaient, dues sans doute aux munitions qui y étaient cachées. Nous sommes sorties devant la maison ; nous avons rencontré Madame Renault qui ramassait les verres qu’elle avait prêtés aux Allemands et qu’ils avaient abandonnés sur le sol. Elle a même ramassé une grenade allemande, ignorant ce que c’était, pour préparer la pâtée de ses poules. Sur les conseils de ma mère elle s’en est débarrassée, mais l’a jetée sans précaution dans le bois. Madame Renault nous a proposé d’aller chez elle et de faire à manger pour ma petite camarade et moi-même. Elle nous a servi des pâtes cuites à l’eau oubliées sur son feu depuis le matin et du lait mais nous n’avons rien pu avaler.

          Plus tard, il faisait nuit, un maquisard est arrivé et a demandé ce qui s’était passé. Ma mère lui a conseillé de vite repartir, elle craignait que des Allemands ne reviennent. Un groupe de soldats allemands est effectivement passé tirant un mortier mais je ne sais plus si c’est avant ou après le passage du maquisard. Il a été question de passer la nuit dans le champ de maïs derrière la maison, mais nous sommes finalement restées à l’intérieur. Le ciel était illuminé par l’incendie.

          Le lendemain matin, nous sommes parties pour Lorris. Madame Renault avait proposé à ma mère de nous loger. Nous étions évidemment à pied ; Madame Renault avait emmené sa vache et pour la faire avancer elle lui agitait devant le mufle une branche de maïs. Ma mère poussait le landau de ma petite sœur, et moi son berceau alsacien dans lequel étaient entassés quelques objets de première nécessité. A la croisée de la route avec un chemin forestier, nous avons vu deux Allemands mais ils avaient l’air d’avoir aussi peur que nous. A la sortie de la forêt, nous avons rencontré un paysan dans un champ, il nous regardait arriver avec étonnement ; ma mère lui a raconté ce qu’il s’était passé au carrefour. Nous avons continué ; le berceau alsacien roulait mal sur ses roues en bois ! Il a fallu s’arrêter pour essayer de réparer un essieu qui s’était cassé.

          Dans la maison de Madame Renault vivaient déjà des réfugiés ; nous occupions une sorte d’appentis, mais nous dormions dans une vraie chambre. Quand ma mère parlait avec Madame Renault, j’entendais toujours les mêmes paroles : ma mère disait que les hommes avaient été fusillés et Madame Renault répondait qu’ils avaient été emmenés en camion.

          Un après midi, Madame Renault est venue vers ma mère en pleurant, elle revenait du Carrefour où elle avait reconnu les corps. Quelques jours après, nous sommes allées au Carrefour, peut-être ma mère voulait-elle prendre différentes choses à la maison ; je ne sais plus avec qui nous étions. Les adultes sont allés voir l’endroit où mon père avait été fusillé ; les traces des corps étaient encore visibles sur le sol. J’ai pris peur et je suis partie me promener derrière la maison des Bordes et dans les ruines. Devant la maison se trouvait la carcasse d’une voiture (abandonnées par d’anciens occupants de la maison) qui avait brûlée pendant l’incendie. Alors que j’inspectais l’intérieur, j’ai découvert à l’arrière un tas d’ossements blancs. J’ai demandé à ma mère de venir voir ; nous avons pensé que quelqu’un avait trouvé refuge dans la voiture et y avait été carbonisé.

          Nous avons vécu plus d’une semaine chez Madame Renault, peut-être deux, puis nous sommes parties chez Madame Marchand à Ouzouer-sur-Loire. C’est là que j’ai vu arriver les Américains.

Le monument magnifiquement fleuri au terme de la cérémonie (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)Le traditionnel vin d’honneur a enfin été servi dans les jardins de la maison forestière d’Ouzouer-sur-Loire, clôturant ainsi une bien belle cérémonie du Souvenir pour honorer ces hommes tombés au combat pour la liberté de la France.