Revenir à Le Maquis de Lorris

Les maquisards à Paris !

Une mission non prévue : la participation à la Libération de Paris 

C’est le Colonel O’Neill qui prend la décision de monter sur Paris. Le 23 août 1944 au soir, de retour des combats au sud de la Loire, les maquisards préparent leur départ pour Paris.

Les Compagnies Albin et Paul partent à 8 heures le lendemain matin 24 août, la Compagnie Robert prendra la route à 11 heures, sous une pluie battante. Dans l’après-midi, le maquis de Lorris rejoint à Etampes les maquis d’Eure-et-Loir, avant de reprendre la route, traversant de nombreux villages sous les acclamations d’une population ivre de bonheur qui fête la Libération. Le convoi arrive à Morangis où les hommes passent la nuit.

Le 25 août au matin, le commandant d’Aboville, l’adjoint du colonel O’Neill, prend contact avec le colonel Noiret, commandant le 12ème Cuirassiers de la 2ème D.B.. Après des accrochages à Croix-de-Berny et porte d’Orléans, et sur décision de la 2ème DB, le maquis forme alors des unités d’accompagnement des chars du 12ème cuirassiers, pour libérer Paris.

Plusieurs groupes de la Compagnie Robert et de la Compagnie Paul préparent le plan d’attaque de l’Ecole Militaire, avec à leur tête le colonel O’Neill, tandis que la Compagnie Albin est chargée de former des têtes de pont sur la rive droite de la Seine, du Pont de l’Alma à celui de la Concorde. Elle sera ensuite engagée dans les combats pour la prise de la Chambre des Députés et du Ministère des Affaires Etrangères.

Retrouvez ci-dessous tous les lieux concernés pour retracer le parcours de nos maquisards au coeur de la capitale.

 

Itinéraires

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L’assaut de l’Ecole militaire

L’assaut de l’Ecole militaire est mené par trois sections de la Compagnie Robert, soit environ 60 maquisards, appuyés par 6 chars Sherman du 12ème Cuirassiers de la 2ème DB.  Lors de l’attaque, très violente, 4 résistants du maquis de Lorris sont tués. 3 inconnus, et Robert Coudon. Une première plaque placée devant l’Ecole militaire rend hommage à ces 4 combattants.

Les combats sur le Pont de la Concorde

En début d’après-midi, pendant que les hommes de la Compagnie Robert se battent autour de l’Ecole Militaire, la Compagnie Albin progresse le long de la Seine vers le Pont de la Concorde et le Pont Alexandre III, sous un feu nourri. Claude Billand est tué par une grenade allemande sur le Pont de la Concorde sous les yeux de son frère, le Sous-lieutenant Georges Billand, qui raconte :

Le 25 août, étant en réserve depuis une heure au Pont Alexandre, je reçois l’ordre du Capitaine Albert de progresser le long de la berge de façon à faire la jonction avec la Division Leclerc se trouvant au Pont de la Concorde, en vue de l’assaut décisif au Ministère des Affaires Etrangères. Sur le Pont de la Concorde, rive droite, des FFI parisiens armés d’une façon hétéroclite tirent n’importe où. Sur la rive gauche, les Allemands sont retranchés à la Chambre des Députés et au Ministère des Affaires Etrangères. Le long de la berge ma section progresse, prise entre deux feux nourris : a) Allemands (FM, mitrailleuses, grenades), b) FFI locaux, nous prenant sans doute pour une colonne de miliciens. A 50 mètres du pont, nous arrivons en terrain complètement découvert. Le matraquage est alors extrêmement dur !

Je pars en reconnaissance pour assurer ma mission et demander des instructions. Au moment où j’arrive sur le Pont de la Concorde, j’aperçois devant moi deux officiers supérieurs allemands tenant un drapeau blanc et qui attendent que la fusillade soit atténuée pour poursuivre leur marche vers les éléments Leclerc qui sont de l’autre côté du pont. Ils sont sans armes. Surpris de me voir derrière eux, ils obéissent malgré tout à mon injonction et je peux ainsi les remettre entre les mains d’un capitaine de la division Leclerc. Celui-ci les force à se mettre debout et à agiter leur drapeau blanc pour signifier à leurs hommes de cesser le feu. Ma section, se trouvant en contrebas, voit et obéit immédiatement puisque je suis moi-même à côté des officiers allemands. Le feu ne ralentissant pas, un élément de ma section, mon frère Claude, prend l’initiative et voulant en finir, saute par-dessus le parapet en criant « En avant les gars ! ». Il est suivi de Marcel Méthiviers. Complètement à découvert les deux hommes cherchent à se cacher derrière un petit kiosque au bord du boulevard, face à la Chambre des Députés. Un soldat allemand se trouvant sur ce kiosque lance alors une première grenade sur eux et blesse mon frère au visage. Cette blessure étant peu grave, mon frère signale la présence de l’Allemand, mais ce dernier, après un instant d’hésitation consécutif aux appels de mon frère et voyant ceux-ci sans réponse, déverse alors son chargement de grenades, tuant mon frère et blessant grièvement Méthiviers, s’acharnant sur eux avec une atrocité sans nom. Moi-même, revenant du Pont de la Concorde et voulant porter secours à mon frère, je suis blessé par la dernière grenade. 

Sur le pont Alexandre III

Sur le Pont Alexandre III quelques centaines de mètres plus loin, Bernard Chalopin et sa section de la Compagnie Albin tentent de gagner l’autre rive. Trois hommes y perdent la vie :

Après avoir longé la Seine, en suivant les quais, notre section arrive sous le pont Alexandre III, avec la majeure partie de la Compagnie Albin, en vue de l’assaut du bastion allemand. Il ne fait pas bon rôder dans les parages car nous sommes copieusement arrosés par des tirs, venant semble-t-il de l’autre côté de la Seine (Cour de la Reine, ou Place de la Concorde). Nous sommes incapables de savoir s’il s’agit d’Allemands ou de FFI parisiens. Devant cet état de fait, Albert envoie la section Toulza pour dégager l’autre rive et éviter que nous soyons pris de flanc. La position est devenue intolérable, nous sommes obligés de nous retrancher à l’intérieur des locaux qui se trouvent sous le pont, où est stocké du matériel des Ponts et Chaussées.

Après une légère accalmie, Willy demande trois volontaires pour une reconnaissance, direction Gare des Invalides. Ficheau, Laferrière et un troisième qui pourrait être Pelloie (Pelloix ?) ou Lioux (Lihoux ?) partent spontanément en grimpant rapidement les marches du Pont Alexandre. Les dernières marches seront fatales pour deux d’entre eux, car la mort était au rendez-vous. Ficheau, seul rescapé, nous a rejoint je ne sais comment, gardant à vie le souvenir de ses deux compagnons d’infortune. Jean Lafferière s’éteindra sous le Pont Alexandre, dans des souffrances terribles, touché au ventre par une rafale de mitrailleuse, triste fatalité, il ne devait pas se trouver dans ce secteur, à ce moment… 

Lors de ces combats, on dénombrera donc 8 morts et de nombreux blessés parmi les hommes du Maquis, qui le 26 Août n’en assistent pas moins au défilé de de Gaulle à Paris.

Cependant, O’Neill étant monté à Paris sans ordres, et alors que les Allemands sont encore aux portes d’Orléans il reçoit l’injonction du  Commissaire de la République André Mars  de regagner immédiatement Orléans.

La Libération de la Région et la fin du Maquis

Les maquisardsrejoindront finalement la Nièvre jusqu’à la reddition des Allemands qui se rendent aux Américains, et non aux FFI, le 10 Septembre 1944.

Du fait de la Libération de la région, le maquis est dissous laissant le choix à ses hommes de s’engager dans l’armée régulière ou de rendre les armes et retourner à la vie civile.