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La Maison forestière Auguste Boussogne

Le samedi 14 octobre 2000, l’AFAAM organise la cérémonie d’inauguration d’un nouveau monument commémoratif, devant la Maison forestière Auguste Boussogne, à l’Etang des bois, non loin de Lorris. C’est une stèle en pierre qui vient ainsi remplacer l’ancienne Croix de Lorraine en bois fragilisée par le temps. Présent ce jour-là, Gilbert Greuin, témoin direct des événements du 14 août 1944, revient pour l’occasion sur cette tragique journée. Son témoignage est recueilli par Annick Cassignol, du bureau de l’AFAAM.

Gilbert Greuin est originaire de Vielles Maisons, à l’entrée de la forêt. Son père, maire de la commune, est alors responsable d’une scierie à l’Etang des bois. Auguste Boussogne est quant à lui garde des Eaux et Forêts, en charge de la Maison forestière de l’Etang des bois toute proche (voir plan ci-dessous).

M.Boussogne est garde forestier, mais aussi agent de renseignement. Rappelons que c’est en avril 1944 que sur ordre du colonel O’Neill, Albin Chalandon est chargé de recruter des volontaires dans la région de Lorris, sur les communes de Nogent sur Vernisson, Montereau, Noyers, Le Moulinet, Vieilles Maisons, Thimory… Auguste Boussogne participe alors au recrutement sur Lorris. Soulignons le rôle essentiel des services des Eaux et Forêts et de ses gardes forestiers, tels M.Arrighi et M.Charton, qui se chargeront également de trouver l’endroit idéal pour implanter le premier camp du maquis, choix qui se portera finalement sur le lieu-dit « les Aulnottes ». Par la suite, M.Boussogne restera en contact permanent avec M.Charton et M.Arrighi au chantier forestier du Carrefour d’Orléans. Tous les renseignements sur les mouvements de troupes de l’occupant, les actions des collaborateurs notoires… étaient centralisés au Carrefour.

Gilbert Greuin est alors agent de liaison pour le maquis de Lorris. Il est là le 14 août 1944, le jour où les soldats allemands du régiment de sécurité 1010 interviennent pour mettre fin aux activités du maquis qu’ils savent se cacher en forêt non loin du carrefour d’Orléans.

 

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Vers 8 heures ce matin-là, Gilbert Greuin arrive à la scierie de son père à Vieilles Maisons lorsqu’il voit s’avancer sur la route une colonne de véhicules allemands venant d’Orléans en direction de Lorris (ils se dirigent probablement vers le carrefour, voir carte). Il court aussitôt prévenir M.Boussogne, lui enjoignant de quitter les lieux. M.Boussogne, qui à ce moment attend la réception d’un message important de Londres en compagnie d’un des chefs du service de renseignement, Emile, dit « Castor », décide de rester sur place. Mal lui en prend. Deux estafettes allemandes à bicyclette viennent directement chez lui. M.Boussogne, M.Greuin et Emile sont interpellés. Le convoi arrive devant la maison peu après. Les soldats vérifient leurs papiers en entament la fouille en règle de la maison. Ils ne tardent malheureusement pas à trouver, dissimulé sous un tas de bois, un container parachuté depuis l’Angleterre. Il avait de toute évidence servi à envoyer un poste émetteur. M.Boussogne tente alors de s’enfuir devant les menaces des soldats qui le traitent de « terroriste ». Un premier coup de feu claque aussitôt, suivi d’une courte rafale, tandis qu’il parvient à sortir de la maison. M.Greuin et Emile, qui l’ont alors perdu de vue, sont traînés vers la route, ils entendent quelques instants plus tard l’explosion d’une grenade en provenance de l’écurie, et c’est tout le bâtiment qui prend feu (le garde forestier y stockait des bicyclettes qui servaient occasionnellement au maquis, mais aussi de l’essence). Ce qu’ils ne savent alors pas, c’est que M.Boussogne, blessé, avait été sans ménagement relevé et jeté sur son lit. Ce n’est que le lendemain que son corps sera retrouvé carbonisé dans les ruines de la maison par M.Greuin père. Son fils et Emile ont pour leur part été rapidement emmenés et interrogés près de Lorris. mais seront finalement libérés quelques heures plus tard, parvenant à tromper l’ennemi sur leurs intentions : M.Greuin prétextera être là pour acheter du bois destiné à la scierie familiale, Emile parvient à se justifier par la recherche de logements pour des mariniers sans emploi.

Le soir même, c’est donc sur les ruines encore fumantes de la maison forestière que tombent 5 maquisards en mission de ravitaillement, espérant emprunter les bicyclettes que conservait M.Boussogne. Il est 19 heures, ils comprennent aussitôt ce qui s’est passé et rebroussent chemin vers Vieilles Maisons. Ils sont alors pris en chasse par une auto mitrailleuse allemande en patrouille qui ouvre le feu sans sommations, alors que les 5 hommes tentent de fuir sur un chemin de terre. Henri Balmain est tué sur le coup, Adolphe Berthiet se jette à terre à ses côtés et fait le mort, ce qui lui sauvera la vie. 4 soldats allemands descendus du véhicule se lancent à la poursuite des 3 autres, passant juste à côté de Berthiet sans lui prêter attention. Hubert Bossard, Max Desbois et Henri Raoul sont fauchés par des rafales de mitraillettes quelques instants plus tard. Leurs noms figurent aujourd’hui sur la nouvelle stèle en pierre de la Maison forestière de l’Etang des bois, rebaptisée Maison forestière Auguste Boussogne.

 

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Le monument de la Maison forestière de l’Etang des bois, jusqu’en 2000
(Droits réservés, AFAAM,2000)

37.Monument Boussogne

La Maison forestière Auguste Boussogne et sa nouvelle stèle, 2000
(Droits réservés, AFAAM,2000)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

40.Rue des maquisards Vieilles-Maisons

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

38.Monument Boussogne

Le monument de la Maison forestière Auguste Boussogne
(Droits réservés, AFAAM,2000)

Monument Boussogne 2000

Cérémonie devant le monument Auguste Boussogne, 14 octobre 2000
(Droits réservés, AFAAM,2000)

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

   

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En reconnaissance des services rendus par Auguste Boussogne, le « Certificate of Service » signé du Maréchal Montgomery en personne en 1945
(Droits réservés, AFAAM, 2000)