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L’affaire Solterre

Travail réalisé en collaboration avec Marie-José et Jean-Pierre Vallot-Meert, auteurs du recueil « François Meert, fermier du château de Solterre, un grand résistant de la guerre 1939-1945, oublié par l’histoire », rédigé et mis en page en 2009 à partir des documents compulsés aux Archives nationales du service historique du Ministère de La Défense, aux Archives départementales du Loiret, des archives de l’abbé Guillaume, des récits des témoins dont les maquisards de Lorris, et des articles de la presse locale, un ouvrage versé aux Archives de la Mairie de Solterre, aux Archives Départementales du Loiret à Orléans, et aux Archives du Musée de Lorris.

Une mission inhabituelle

C’est une histoire bien complexe que cette affaire du château de Solterre, un imbroglio qui illustre à lui seul à quel point l’occupation a pu être une période trouble, et auquel le maquis de Lorris se trouve mêlé.

En ce 7 août 1944, c’est une mission pour le moins inattendue qui s’annonce pour les maquisards de Lorris : capturer le Feldkommandant d’Orléans, von Uckermann*, l’officier allemand qui commandait toutes les forces d’occupation de la région.

* un doute subsiste sur son nom (Ukermann, Uckermann selon les sources), et son grade, les maquisards font état d’un général, mais von Uckermann était plus probablement colonel comme le précise l’abbé Guillaume dans Au temps de l’héroïsme et de la trahison

L’état-major du maquis prend la décision de lui tendre un piège au château de Solterre, près de Montargis, à environ trente kilomètres du camp du ravoir, pour le capturer.

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Annick Boucher (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

Annick Boucher (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

A l’origine de toute cette affaire, une femme. Annick Boucher, la « blonde incendiaire » comme on la surnommait, on l’appelait aussi « la belle Annick » ou encore « la grande blonde ». Jugée après-guerre pour espionnage et trahison, il est intéressant a posteriori de consulter le portrait qui en sera brossé dans l’Eclaireur du gâtinais au lendemain de sa condamnation le 9 mars 1946 :

Ce fut le 27 février, l’affluence des grands jours à la Cour de Justice. On y jugeait, devant une foule passionnée et fiévreuse, l’une des plus troubles aventurières qu’ait fait surgir la dangereuse époque de l’occupation. Annick Boucher alias Yvonne Tessier est née à Gien en 1917 : elle s’y maria fort jeune avec un maçon, M.Chevallier qui la laissa veuve à 19 ans. En  1937, elle se remarie avec un officier de marine au long cours et le couple réside à Montargis. A la déclaration de guerre, le marin quitte sa jeune femme qui reste seule quelques temps. La solitude lui pesant, elle rencontre Maurice Dubois, qui devient son amant et la fait entrer comme vendeuse dans la maison de fourrure paternelle. Assez vite lassée de cette liaison, Annick s’attache en 1940 à un commerçant divorcé de la ville et l’aventure commence.

La guerre bat son plein et les affaires sont peu brillantes. Un ami de bistrot prête quelques fonds et déjà le couple illégitime élabore certains projets : la collaboration va commencer.

Nous sommes en juin 1941, peu à peu le rythme des évènements s’accélère. Montargis comme la France occupée ploie sous le joug d’un oppresseur exécré.

Du côté d’Annick, les amis et les amants se succèdent, et la population accablée regarde avec mépris, craintes et méfiance, la blonde aventurière circuler à sa guise, jour et nuit, avec aux lèvres un sourire de dédain. Seule ou accompagnée, on la voit sans cesse au volant de sa super-traction 5919 JP 4, insoucieuse des lois, des ordnungen (règlements), du  couvre-feu  et des privations.

Parmi ses amants figure Roger Bourgeois, dont le père s’occupe de résistance et, par ce truchement, s’introduit dans les secrets de certains groupements du lutte clandestine.

L’accusation dira, avec force, combien équivoque fut l’activité de l’espionne dans ces milieux qui, en 1944, au moment décisif seront, à cause d’elle, voués à l’impuissance en raison de la division qu’elle aura semé entre les chefs. Page entre toute douloureuse de l’histoire de la Résistance  Gâtinaise.

A ce sombre tableau, on peut rajouter le fait suivant : d’après les déclarations du docteur Koechling, Feldkommandant d’Orléans jusqu’en décembre 1942, il est prouvé qu’Annick Boucher travaillait effectivement, non pour la résistance comme elle le prétendait, mais pour la Gestapo, ce qui explique les laissez-passer et passe-droits dont elle jouit sous l’occupation. Elle se vantait d’ailleurs à l’époque d’avoir livré des Français, communistes notamment, aux Allemands. Présentée à von Uckermann (le successeur de Koechling), dont elle devient la maîtresse, Annick Boucher savait tout ce qui se passait à la Feldkommandantur d’Orléans, et le rapportait à la Gestapo.

Le type de véhicule avec laquelle le couple Boucher/Bourgeois s'affiche ostensiblement dans Montargis

Le type de véhicule avec lequel le couple Boucher/Bourgeois s’affiche ostensiblement dans Montargis

Début juin 1944, elle vit avec son ami Robert Bourgeois (alias Bob), commerçant ambulant, près de la gare de Montargis. A cause des bombardements, tous deux cherchent à s’éloigner du centre-ville. Fernand Bourgeois, assureur à Montargis, est un voisin du couple (aucun lien de parenté). C’est aussi un résistant. C’est lui qui demande alors à son ami François Meert, résistant également, la location d’une chambre au château de Solterre pour y loger le couple. François Meert accepte, convaincu par le discours de Fernand Bourgeois, et ce alors que ses activités dans la résistance lui enjoignent la prudence.

François Meert, résistant de la première heure

François MEERT (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

François MEERT (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

François Meert est né à Tubize en Belgique le 29 novembre 1892. Il participe à la Grande guerre pendant laquelle il est blessé. En 1928, il s’installe en France à Oussoy-en-Gâtinais avec sa femme, son fils et sa fille. En 1935, il loue par bail la ferme du château de Solterre. Au moment de la débâcle de 40, il parvient à faire sortir une vingtaine de soldats français prisonniers de la caserne Gudin à Montargis pour les employer dans sa ferme et celle de son fils André à La-Chapelle-sur-Aveyron, et éviter ainsi leur transfert en Allemagne.

André et François Meert, concours de juments, Varennes, 1928 (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

André (10 ans) et François Meert, concours de juments, Varennes, 1928 (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

Dès 1942, François et André Meert entrent de plein pied dans la résistance, sous couvert de leurs activités d’agriculteurs. Tous deux hébergent un grand nombre de réfractaires au STO qu’ils emploient comme ouvriers agricoles dans leurs fermes respectives, à Solterre et La Chapelle-sur-Aveyron (Loiret), ainsi qu’à Neuvy-sur-Loire (Nièvre) où vit la fille de François Meert. Celui-ci organise également sur ses terres, avec l’aide des employés de la ferme, d’importants parachutages dès le lendemain du débarquement des Alliés sur les plages normandes, et transforme sa ferme en véritable poste de commandement de la résistance locale. Il est aussi à l’origine de plusieurs sabotages sur la voie ferrée Paris – Montargis – Nevers – Clermont-Ferrand, et du déraillement de trains allemands notamment les 18 et 28 juin 1944, retardant d’autant l’acheminement du matériel et des troupes allemandes vers la Normandie.________

Trahisons, dénonciations…

Le château en 1944 (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

Le château en 1944 (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

Annick Boucher et Robert Bourgeois se sont installés au château le jour même du débarquement, le 6 juin 1944, sur recommandation rappelons-le de Fernand Bourgeois, et ce malgré la solide réputation de collaborateurs qui les poursuit mais que semble encore ignorer François Meert à ce moment-là. Il choisit de faire confiance, mais très vite, des doutes sur leur loyauté apparaissent. Pour François Meert, c’est le début des ennuis.

Dès la nuit du 7 juin, un parachutage a lieu sur les terres du château, sous les yeux d’Annick Boucher et Robert Bourgeois, et ce au grand dam des résistants qui participent à cette opération et craignent une trahison. Le capitaine Fernand Bourgeois a beau se porter garant du couple, François Meert est méfiant. Il le sera d’autant plus qu’il est très vite alerté par les relations d’Annick qui reçoit régulièrement la visite d’officiers allemands à Solterre, dont von Uckermann, environ une fois par semaine, mais aussi le général Neubronn, Stunz instructeur de la LVF à Montargis, et surtout Wolbrandt de la Gestapo d’Orléans, aux ordres du sinistre Merdsche, des visites qui laissent supposer qu’Annick est en mission pour leur compte, pour infiltrer la résistance.

André Meert, fils de François MEERT (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

André Meert, fils de François MEERT (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

Première alerte fin juin, André Meert, vraisemblablement dénoncé, est interpelé par une patrouille allemande rue Dorée à Montargis. Il est vite relâché, mais François Meert s’arrange pour l’éloigner. André Meert rejoint alors un maquis de l’Yonne en  forêt d’Othe.

Le 28 Juillet 1944, suite à plusieurs autres arrestations suspectes dans les rangs de la résistance locale par la Gestapo, François Meert décide d’une réunion de résistants locaux dans les bois de Solterre, à laquelle participe également un officier du maquis de l’Yonne dans lequel est entré son fils André. Il est décidé d’arrêter Annick Boucher. Celle-ci est alors rapidement transférée loin du château de peur des représailles sur la population. Elle échoue ainsi en forêt, aux bons soins des maquisards de Lorris, en attendant un jugement en bonne et due forme. Elle sera ensuite transférée à la ferme de la Clémendière, une dépendance du château d’Ouchamp, sur la commune de Thimory. Quant à François Meert, menacé par les proches d’Annick Boucher, craignant les représailles de Robert Bourgeois et ses amis, il doit se cacher dans une dépendance de sa ferme au lieu-dit Maison Rouge.

Le lendemain, 29 juillet, André Meert* tombe dans une embuscade à Châtillon Coligny. Au terme d’une poursuite et d’une fusillade, il est arrêté, interrogé sans ménagement, torturé au siège de la Gestapo rue Dom Pèdre à Montargis, avant d’être transféré rue Eugène Vignat à Orléans dans la prison allemande.

*après son transfert à la prison de Fresnes, André Meert rejoint le 15 aout la gare de Pantin, et prend place dans le dernier convoi à destination de Buchenwald, avec à son bord 2197 hommes et femmes. 903 personnes seulement rentreront. André Meert arrive en gare de Weimar le 20 août pour rejoindre le camp de Buchenwald où il porte le matricule n° 77162. Un jugement du Tribunal Civil de Montargis, en date du 21 août 1946 déclare André Meert décédé en novembre 1944, Mort pour la France. Il a 26 ans.

La tentative d’enlèvement du Feldkommandant d’Orléans par le maquis de Lorris

Début août, pendant la détention d’Annick Boucher par le maquis de Lorris, il est décidé de l’utiliser pour capturer le Feldkommandant von Uckermann. Cette opération cache plusieurs enjeux : pour Annick menacée, c’est l’occasion de prouver son appartenance à la résistance comme elle le clame en « donnant » l’allemand, alors que pour les maquisards l’objectif est double : faire parler l’officier pour lui soutirer d’importants renseignements sur les forces d’occupation dans la région, et prouver la collaboration d’Annick Boucher avec l’ennemi.

Bernard Chalopin (Tony) (Droits réservés, Famille Chalopin)

Bernard Chalopin (Tony) (Droits réservés, Famille Chalopin)

Le Feldkommandant est régulièrement venu rendre visite à sa maîtresse au château de Solterre au mois de juin 1944, c’est le point faible qui permettra de l’atteindre. Pour plus de vraisemblance, Bernard Chalopin, alias Tony, est chargé de se rendre à vélo à Montargis pour poster, depuis la poste centrale, une lettre écrite sous la dictée par Annick Boucher, lettre dans laquelle elle donnait rendez-vous à l’officier allemand. Le piège est tendu.

Cette visite à Solterre du Feldkommandant laissait augurer d’un dispositif de sécurité réduit : un aide de camp, un chauffeur et un ou deux gardes maximum sont prévus par les maquisards. Pour préparer l’enlèvement, les résistants disposent de quelques informations sur la disposition d’ensemble des bâtiments, d’après un dessin fait à la va-vite par un des agents de liaison du camp passé innocemment deux fois devant le château à bicyclette pour ne pas éveiller les soupçons.

Benjamin Passet (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Lorris)

Benjamin Passet (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Lorris)

Le 7 août 1944 au matin, l’équipe constituée pour l’occasion se met en route. Elle est menée par le commandant du camp en personne, le capitaine Benjamin Passet (alias Albert), accompagné de ses deux adjoints, les lieutenants Jacques Brodu (Willy) et Numa Foures (Numa), ainsi que du lieutenant Charles Lonchambon  (Robert) – Suivez ce lien pour consulter l’organigramme du maquis – . Pour les épauler, six cyrards, ces jeunes instructeurs anciens étudiants de Saint Cyr, et trois Algériens, tous vêtus d’uniformes anglais récupérés lors d’un parachutage. C’est une traction du camp et une camionnette verte de la Poste qui se chargent d’acheminer discrètement le commando au château vers dix heures.

Annick devait recevoir le général dans le salon du rez-de-chaussée. Jacques Brodu, Charles Lonchambon et Benjamin Passet avaient prévu de se cacher dans la cuisine du château, tandis que Numa Foures et les cyrards devaient attendre dans la grange en face du bâtiment principal pour couvrir l’enlèvement, laissant les trois Algériens de garde près des véhicules. Au premier groupe la tâche de capturer l’Allemand, au second celle de neutraliser le chauffeur et les autres éventuels occupants de la voiture.

Premier écueil, le général arriva bien à l’heure prévue, vers 14 heures, mais avec une escorte bien plus conséquente qu’espérée : ce sont deux motocyclistes et deux voitures allemandes qui se présentèrent à l’entrée du château, avec à leur bord une douzaine de feldgendarmes allemands. Tandis que von Uckermann rejoint Annick, le groupe de maquisards, craignant le piège, décide de poursuivre la mission malgré les risques décuplés. Pendant une heure, ils surveillent les routes alentours pour vérifier l’absence d’éventuels renforts allemands, et décident vers 15 heures de passer à l’action. L’objectif est de capturer l’officier sans attirer l’attention de son escorte. Malheureusement, second écueil, c’est le moment que choisit un des feldgendarmes à la recherche de pommes de terre pour tomber nez à nez avec les maquisards dans la grange. Surpris, il a le temps de donner l’alerte avant d’être abattu. L’escorte alertée par les coups de feu riposte aussitôt en direction de la grange. Dans la confusion, un des motocyclistes démarre en trombe et s’enfuit sous un tir nourri pour chercher des renforts.

Pendant ce temps, l’équipe chargée de neutraliser l’officier allemand se rue dans le château et se trouve nez-à-nez avec lui. Il est armé, Jacques Brodu et Charles Lonchambon n’ont d’autre choix que de l’abattre avant qu’il n’ouvre le feu. Au bout d’une trentaine de minutes d’un combat acharné qui tourna rapidement à l’avantage des maquisards, ceux-ci décidèrent de se replier. Madame Meert qui est dans sa maison au moment de l’intervention des maquisards, a eu le temps de s’enfuir par une fenêtre à l’arrière du château et de se réfugier chez des voisins. Entretemps, les derniers survivants allemands se sont retranchés dans l’un des bâtiments dont ils étaient impossibles à déloger. Dans la cour, plusieurs corps étendus sur le gravier, mais aucune perte n’était à déplorer pour les résistants, pas même un blessé, la surprise avait joué en leur faveur.

Dernier écueil tout de même, la camionnette en panne les obligeant à un long retour à pied en pleine forêt. Les routes auraient de toute façon été rapidement bloquées par les patrouilles allemandes.

La mission doit être considérée comme un échec dans la mesure où il n’a jamais été envisagé d’abattre l’officier allemand, les maquisards agissant en état de légitime défense comme il sera prouvé après la guerre. Pour Annick Boucher, c’est un heureux concours de circonstances puisque l’interrogatoire de von Uckermann l’aurait très probablement clouée au pilori.

Des représailles sanglantes

L’histoire ne s’arrête malheureusement pas là. Un détachement du régiment de sécurité 1010 cantonné au château de Praslins sous les ordres du Commandant Maschler, celui-là même qui mènera une semaine plus tard le 14 août l’assaut sur le carrefour d’Orléans, arrive rapidement sur place après avoir été alerté par le motocycliste allemand. Bien décidés à mettre la région à feu et à sang en représailles, les Allemands en sont dissuadés par le maire de Solterre M.Raoul qui tient tête au Kreiskommandant (commandant d’arrondissement) de Montargis.

L’ordre est toutefois donné de brûler le château et la ferme. Seule la maison du gardien du château échappe à l’incendie, maisonnette dans laquelle Mme Meert reviendra habiter quelques jours plus tard. Quant aux ouvriers occupés aux travaux des champs au moment de l’accrochage, ils rentrent comme d’habitude en fin d’après-midi à la ferme, et sont aussitôt arrêtés. Leurs papiers contrôlés, ils sont interrogés par un officier allemand en présence d’un interprète. La plupart sont renvoyés chez eux. Seuls les trois plus jeunes restent en otages devant le hangar. Ils seront abattus d’une rafale de mitraillette sans autre forme de procès. Il s’agit de Jean Guérot, Émile Decourt et Marcel Marvillet, trois jeunes réfractaires au STO hébergés par François Meert.

De son côté François Meert est toujours caché dans sa dépendance à Maison Rouge le 7 août. Il ne revient à Solterre que pour assister aux obsèques des trois jeunes otages fusillés. A l’issue de la cérémonie, il est pris à parti par les amis d’Annick, dont Robert Bourgeois, qui tentent de récupérer, sous la menace, une lettre écrite par von Uckermann à Annick Boucher. Cette lettre, laissée par l’Allemand le lendemain de l’arrestation d’Annick à Mme Meert, semble un document visiblement compromettant pour Annick Boucher. François Meert la déclare perdue dans l’incendie du château, ce qui est faux. L’affaire semble close.

L’assassinat de François Meert

Maison du gardien devant laquelle est abattu François Meert, les impacts de balles sont toujours là (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

Maison du gardien devant laquelle est abattu François Meert, les impacts de balles sont toujours là (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

Tout le mois d’août, François Meert poursuit alors ses activités à la ferme, accueillant au passage un déserteur polonais de la Wehrmacht qu’il emploie aussitôt avec ses autres ouvriers jusqu’à la Libération. Le départ des Allemands ne signifie pas pour autant la fin des problèmes.

Le 13 septembre 1944, François Meert tombe dans un piège. Appelé par Fernand Bourgeois, son assureur, pour procéder à l’expertise des bâtiments incendiés, il se rend à ce rendez-vous sans se douter qu’il est attendu par une équipe de tueurs. De nombreux collaborateurs tentent à ce moment d’échapper à l’épuration qui s’organise en se faisant passer pour des résistants. Ces FFI de la dernière heure tentent alors d’effacer les preuves de leur connivence avec l’occupant. C’est Roger Bourgeois, fils de Fernand Bourgeois, qui organise l’assassinat comme il sera prouvé par la suite.

François Meert, qui n’avait aucune raison d’être armé cette après-midi-là, est surpris par ses agresseurs mais parvient à s’échapper sous les balles, parmi les décombres de sa ferme incendiée. Il réussit tout d’abord à se réfugier chez un voisin avant d’être abattu sur les marches de la maison du gardien d’une rafale dans le dos en tentant de rentrer chez lui. Grièvement blessé, il est transporté à l’hôpital de Montargis. Témoin gênant des événements d’août, François Meert décède à son arrivée.

La scène s’est déroulée sous les yeux de sa femme, dont la maison est alors fouillée et pillée. Emmenée à l’hôtel de la Poste à Montargis, PC des FFI locaux, elle subira un long interrogatoire, dont le seul but s’avère de récupérer la fameuse lettre compromettante de von Uckermann à Annick Boucher.

Dix jours plus tard, le 23 septembre 1944, en raison du rôle joué par ces « résistants », le commandant Pierre Charié décide de limoger le capitaine Fernand Bourgeois et son fils le lieutenant Roger Bourgeois dans les termes suivants : « Étant donné les circonstances actuelles et l’opinion générale dans votre région, nous nous trouvons obligés de vous donner l’ordre, ainsi qu’au lieutenant Bourgeois de rentrer dans vos fonctions de la vie civile ».

Quelques mois plus tard, le Tribunal Militaire de la 5ème Région siégeant à Orléans le 5 mars 1945 condamnera les deux assassins de François Meert à 2 ans de prison.

Annick Boucher fut de son côté condamnée pour ces actes de collaboration par la Cour de Justice le 27 Février 1946 à 3 ans de prison, l’indignité nationale à vie, 20 ans d’interdiction de séjour dans le Loiret, la Seine et la Seine et Oise, et la confiscation totale de ses biens.

Hommage et réhabilitation

Le 7 août 2009, 65 ans après, une plaque est dévoilée sur le mur du château à proximité du lieu où François Meert a été assassiné. Le 8 mai 2010, le nom d’André Meert est ajouté sur le monument aux morts de la Chapelle sur Aveyron.

Plaque musée André Meert

La plaque du carré mémorial du Musée de la Résistance et de la Déportation de Lorris

plaque solterre

Plaque dévoilée le 7 août 2009 en hommage à François Meert à Solterre (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

Plaque André Meert

Le nom d’André Meert est rajouté le 8 mai 2010 sur le Monument aux morts à La Chapelle sur Aveyron (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

La veuve d’André Meert se remarie après guerre avec Roger Malpeyre, lui-même résistant, déporté dans les prison italiennes. Il adopte Marie-José, fille d’André Meert et petite fille de François Meert.

Plaque musée Roger Malpeyre

La plaque du carré mémorial du Musée de la Résistance et de la Déportation de Lorris

Roger Malpeyre (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)

Roger Malpeyre (Droits réservés, Famille Vallot-Meert)