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À nos anciens disparus

Chaque année, l’Assemblée générale de l’AFAAM est l’occasion de rendre un dernier hommage aux anciens maquisards disparus récemment. Depuis quelques années, ils sont malheureusement nombreux à nous avoir quittés. Cette rubrique ne peut être exhaustive, il s’agit avant tout de mettre en lumière le rôle d’hommes particulièrement engagés, au sein de l’AFAAM comme auprès des jeunes pour lesquels ils ont témoigné sans relâche de leur expérience pendant toutes ces années, à l’image d’Étienne Girard ou Jean Héau.


André Plagnol nous a quittés

Nous avons appris avec tristesse le décès d’André Plagnol le 24 novembre dernier. Chef de groupe dans la Compagnie Albin, André Plagnol était l’une des figures emblématiques du maquis, un de ces fameux « Cyrards » venus de Paris enseigner l’art de la guerre aux maquisards du Loiret dont je vous invite à découvrir le parcours.

André Plagnol est né le 22 mars 1925. La France est vaincue et occupée lorsqu’il entame la préparation au concours d’entrée à Saint Cyr au Lycée Janson de Sailly, rue de la pompe à Paris. Ces jeunes destinés et préparés à intégrer l’armée représentent alors pour la Résistance d’excellentes recrues. André Plagnol a tout juste 17 ans lorsqu’il entre dans l’ORA (Organisation de résistance de l’armée).

Regroupés dans le Corps Francs Liénard créé par le lieutenant Jean de Montangon (alias « Liénard »), André Plagnol et ses camarades bénéficient d’une préparation accélérée au maniement des armes. Après l’arrestation de leur chef le 3 juin 1944, Albin Chalandon, alors adjoint du lieutenant de Montengon, décide après le débarquement d’envoyer 21 de ces « Cyrards » dans le Loiret en forêt d’Orléans. Dix d’entre eux, dont Albin Chalandon, seront cachés par des fermiers dans les communes environnantes de Lorris, huit autres rejoindront le maquis de Vitry-aux-Loges, trois seront dirigés vers le maquis de Chambon-la-Forêt (voir la page dédiée aux origines du maquis de Lorris).

André Plagnol quitte donc Paris en train pour rejoindre Montargis dans la nuit du 7 au 8 juin 1944. A pied, il se dirige alors avec ses neuf camarades dans la forêt pour rejoindre le Carrefour d’Orléans. Il est ensuite accueilli chez la famille Richard à Coudroy. Depuis sa retraite, André Plagnol est chargé de recruter discrètement puis de former les futurs maquisards. Il participe donc pleinement à la construction et à la structuration du maquis de Lorris.

Vous découvrirez le récit de ces origines du maquis dans le court extrait ci-dessous, tiré du témoignage recueilli en 2014 au Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris, un grand merci à l’équipe du Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Lorris qui nous autorise à diffuser cet enregistrement :

André Plagnol, Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris, janvier 2014 (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Lorris)

Une fois les effectifs réunis en juillet 1944, André Plagnol est affecté à la Compagnie Albin placée sous les ordres d’Albin Chalandon, dans la section du lieutenant René Toulza. Il y est nommé chef de groupe et dirige donc une unité constituée de 10 hommes (voir schéma d’organisation d’une compagnie du maquis de Lorris) qui seront de tous les combats. Le groupe Plagnol fait ainsi partie des renforts envoyés l’après-midi du 12 août 1944 à Chicamour, et sera pleinement engagé dans les combats du 14 août au Carrefour d’Orléans.

Châteauneuf-sur-Loire, 17 juillet 1944, André Pagnol est à droite bras croisés (Droits réservés, AFAAM)

À la tête de ses hommes, André Plagnol participera également à la libération de Châteauneuf-sur-Loire, d’Orléans, et enfin Paris où la Compagnie Albin chargée de former des têtes de pont sur la rive droite de la Seine sera engagée dans de durs combats pour la prise de la Chambre des Députés et du Ministère des Affaires Étrangères. Écoutons André Plagnol raconter ces événements et les derniers jours du maquis :

Après la dissolution du maquis, André Plagnol poursuit donc son parcours dans l’armée jusqu’en 1947, puis intégrera le monde des finances. En 1997, il est élevé au rang de Chevalier de la Légion d’Honneur, puis promu au rang d’Officier en 2012.

André Plagnol a toujours été très attaché à perpétuer l’histoire du maquis de Lorris, acceptant volontiers comme en 2014 de témoigner sur son parcours et celui de ses camarades en compagnie de celui qui était alors le chef de sa compagnie, Albin Chalandon.

André Plagnol (à gauche) et Albin Chalandon, Mémorial du Maréchal Leclerc de Hauteclocque et de la Libération de Paris, janvier 2014 (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Lorris)

Jean Héau s’en est allé

Jean Héau est parti le 4 mars 2019, il avait 95 ans. Combien de fois a-t-il rencontré les jeunes de la région et nos collégiens pour leur raconter le maquis de Lorris ! Toujours aux côtés de son camarade Bernard Chalopin, il leur a inlassablement expliqué le contexte de l’époque, l’organisation du maquis, les actions auxquelles il a participé, racontant, en n’en revenant toujours pas si longtemps après, l’incroyable histoire de son entrée en résistance que vous découvrirez ci-dessous. Il nous manquera beaucoup au collège des Bordes.

Bernard Chalopin entouré des membres du bureau de l’AFAAM venus déposer une plaque sur la tombe de Jean Héau (Droits réservés, AFAAM, 18 mai 2019)
Messieurs Héau et Chalopin lors des cérémonies du 60ème anniversaire de la Libération de Paris (Droits réservés, AFAAM, août 2004)

Jean Héau a tout juste 14 ans en 1937 alors qu’il vient d’obtenir son Certificat d’études. Son père l’encourage à chercher un travail plutôt que de travailler dans la ferme familiale de Vielles-Maisons-sur-Joudry, et le voilà parti en apprentissage en menuiserie à Lorris, on est en septembre 1937. Lorsque la guerre éclate, Jean a donc 17 ans, il travaille toujours chez un patron comme menuisier et le restera jusqu’à son arrestation en février 1943. Il mettra un peu de temps à comprendre qu’il a été dénoncé par lettre anonyme et accusé d’avoir provoqué le déraillement d’un train dans lequel circulait Pierre Laval, alors Chef du gouvernement de Vichy et qui dispose en France des pleins pouvoirs depuis novembre 1942 ! Interrogé sans ménagement à la prison d’Orléans rue Eugène Vigniat, il ne doit son salut qu’aux démarches entreprises par son père pour obtenir sa libération.

J’ai choisi de remettre en avant ce témoignage de Jean Héau qui raconte aux élèves du collège en 2011 les circonstances rocambolesques qui l’ont vu entrer en résistance, « une histoire de fou » comme il le répétait toujours en racontant cette histoire !

Témoignage recueilli et enregistré par les élèves du Club Résistance 2010/2011 du collège Geneviève de Gaulle Anthonioz des Bordes
Bernard Chalopin et Jean Héau, le 11 mai 2011, au collège

Désormais sans papiers, il entre en clandestinité et rejoint un chantier forestier au cœur de la forêt d’Orléans où se constitue le futur maquis de Lorris. En joignant les rangs du maquis, Jean, alias « Tom », imite là un certain nombre de jeunes de la région qui refuse l’occupation allemande et se tiennent prêts à prendre les armes.

Comme son complice de toujours, Bernard Chalopin (alias « Tony »), Jean Héau est intégré à la compagnie Albin et appartient au groupe Cordier de la section Toulza (voir schéma).

Avec ses compagnons d’armes, il sera de tous les combats, de la libération de Châteauneuf-sur-Loire à celle de Paris, en passant par Orléans, vous connaissez tous les événements qui rythmeront pour nos maquisards l’été 1944.

À la fin de la guerre, alors qu’on lui propose de devenir gendarme, Jean préférera retourner chez lui et reprendre sa vie d’avant, le sentiment du devoir accompli : « On a juste fait ce qu’il y avait à faire » répétait-il toujours…

Jean Héau aux côtés de ses camarades du maquis lors des cérémonies au Carrefour de la Résistance (Droits réservés, AFAAM, août 2017)

Décès de Maurice Le Noury (18 janvier 2019)

C’est un personnage emblématique et d’une gentillesse incroyable qui disparaît avec Maurice Le Noury. Il n’est pas un ancien du maquis, c’est un para des SAS, mais il vivait à Gien depuis plusieurs années et se faisait un devoir d’être présent à chaque cérémonie de commémoration dans la région, à commencer par les cérémonies du souvenir des victimes de l’attaque du Maquis de Lorris par les Allemands le 14 août 1944, d’où l’hommage que l’AFAAM tenait à lui rendre ici-même. Maurice Le Noury nous a quitté à l’âge de 97 ans, son parcours est remarquable, et c’est avec beaucoup de tristesse que je vous invite à le découvrir.

Maurice Le Noury ici au centre avec son béret rouge, aux côtés de Bernard Chalopin et des anciens du maquis de Lorris, lors de la cérémonie de commémoration de l’attaque du maquis par les Allemands le 14 août 1944 (Droits réservés, AFAAM, 2016)

Né le 27 décembre 1921 à Villegats, Maurice Le Noury a donc 19 ans en novembre 1941 lorsqu’il décide de quitter la France alors occupée par les troupes allemandes. Il franchit la ligne de démarcation clandestinement et se retrouve en zone libre, direction Marseille. Il s’embarque ainsi pour l’Afrique du Nord où il s’engage aussitôt à Alger dans le 1er Régiment de Zouaves de l’Armée d’Afrique.

En juillet 1943, à Tizi Ouzou, le jeune Maurice se porte volontaire pour intégrer le French Squadron du 2nd SAS Regiment, une unité d’élite des forces spéciales des armées britanniques, et subit le dur entraînement des commandos à Philippeville. La mission des SAS, contrairement aux troupes parachutistes classiques, n’est pas d’engager l’armée allemande de front, mais d’opérer sur les arrières de l’ennemi des missions de guérilla, de sabotage et de harcèlement, sans appui, avec des effectifs réduits.

Breveté parachutiste en Angleterre à Ringway en avril 1944, Maurice Le Noury s’entraîne à Ayr et en Écosse, mais ne peut participer aux opérations aéroportées de son régiment en Bretagne, à cause d’une blessure contractée à l’entraînement dans le sud de l’Angleterre, peu de temps avant le Débarquement du 6 juin.

Il pourra néanmoins participer à la mission RUPERT dans la forêt de Bar-le-Duc (Meuse) quelques semaines plus tard, où il est parachuté dans la nuit du 9 au 10 août 1944 avec ses équipiers anglais. Chaque homme est équipé d’un Colt 45, un poignard US et une carabine à crosse repliable ou une mitraillette Sten. Seul français de son stick (une compagnie de combat compte une section de commandement et deux sections de combat à quatre groupes, les sticks), il fera office d’interprète et de relais auprès de la population lors de la libération de Saint-Dizier.

De retour en Angleterre une fois la mission accomplie, il rejoint à l’automne 1944 le 3rd SAS Regiment, ou 3ème Régiment de Chasseurs Parachutistes (3ème RCP) pour les Français. Maurice Le Noury est de nouveau parachuté le 8 avril 1945, cette fois en Hollande dans le cadre de l’opération AMHERST. Les 2nd et 3rd SAS Regiments précèdent le 2ème Corps canadien et doivent créer la confusion chez l’ennemi, l’empêcher d’établir une ligne de défense et préserver les ponts. Maurice Le Noury est alors le radio du lieutenant colonel de Bollardière, et participe à ses côtés à la Libération de Spier. L’opération est un succès, mais les pertes des deux régiments SAS sont lourdes, le 3ème RCP compte à lui seul 12 tués, 40 disparus et 20 blessés.

Maurice Le Noury est démobilisé à Angers le 11 septembre 1945 avec le grade de caporal, et recevra par la suite une multitude de décorations en récompense des services rendus : Chevalier de la Légion d’honneur, Médaille Militaire, Croix de Guerre 39-45 avec citations, Croix du Combattant Volontaire.

Je ne saurais trop vous conseiller la lecture de ses mémoires, rédigées avec l’aide de son ami Gilles Bré, dans l’ouvrage intitulé En suivant mon étoile, mémoires de guerre d’un ancien parachutiste SAS de la France Libre, publié aux Éditions de l’Écluse en août dernier, et que vous trouverez sans peine en vente au Musée de la Résistance et de la Déportation de Lorris qu’il connaissait si bien.


Jean-Pierre Usseglio (décédé en mai 2018)

Jean-Pierre Usseglio est né le 5 novembre 1925 à Paris, il a donc à peine 19 ans lorsqu’il rentre dans la résistance au sein du Maquis de Chambon-la-Forêt. A la suite de l’attaque du maquis par les Allemands le 6 août 1944, il se réfugie avec ses compagnons en forêt d’Orléans et vient grossir les rangs du maquis de Lorris dans lequel il intègre la Compagnie Paul, sous les ordres du Capitaine Gramond. A l’été 1944,  il participe donc à la libération de Châteauneuf/Loire, d’Orléans puis à celle de Paris, aux côtés de ses camarades.

Alors qu’au retour de Paris le maquis gagne la région de la Nièvre et se charge de garder sous contrôle les prisonniers allemands de la colonne Elster, le maquis est dissous. Tandis que nombre de maquisards choisissent de regagner leurs foyers, Jean-Pierre Usseglio rejoint quant à lui le 4th SAS / 2ème RCP à Nevers en septembre 1944, et suit en Angleterre la formation de parachutiste à l’école de saut de Ringway (novembre-décembre 1944), en compagnie d’autres anciens de la Compagnie Paul.

Ces hommes seront du groupe parachuté en Hollande lors de l’opération Amherst en avril 1945, avec pour objectif de capturer intacts des canaux néerlandais, ponts et aérodromes pour permettre ensuite de déferler sur l’Allemagne. Parachutés dans la province de Drenthe, les paras occupent plusieurs ponts et mènent des embuscades contre les troupes allemandes en retraite avant d’être violemment attaqués le 8 avril près de Westdorp. Deux Français sont tués, Serge Levasseur et René Peron,  Jean-Pierre Usseglio est gravement blessé  à la jambe, puis arrêté avec plusieurs de ses camarades. Il échappe de peu à une exécution sommaire avant d’être libéré par les troupes canadiennes.

Rapatrié vers l’Angleterre le 20 mai 1945, Jean-Pierre Usseglio, tourneur-outilleur de formation, devient avocat. En 1948, il doit subir l’amputation de sa jambe blessée en Hollande.

Officier de la Légion d’Honneur, Médaille Militaire, décoré de la Croix de Guerre française 1939-1945 et de la Bronzen Kruis hollandaise, Jean-Pierre Usseglio  s’est toujours tenu à l’écart des commémorations et honneurs que son parcours légitimait pourtant sans contestation, il n’est que justice de lui rendre hommage aujourd’hui.


« Le Marseillais » Étienne Girard s’en est allé (mars 2018)

Étienne Girard (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Lorris)

« Le Marseillais », c’était le pseudonyme d’Étienne Girard au maquis de Lorris. Son accent chantant ne pouvait tromper personne. Il nous a quittés.

Étienne Girard est né à Arles en 1925. Il quitte la cité romaine avec sa famille pour rejoindre le Loiret en 1937. La guerre débute en 1939. Parmi les cinq frères Girard, l’aîné disparaît le le 18 mai 1940, puis un autre frère sera blessé et fait prisonnier. C’est à ce moment là que les trois derniers entrent en Résistance.

En décembre 1943, Étienne Girard, alors âgé de 18 ans, et son plus jeune frère de 15 ans, rejoignent dans un premier temps le maquis de l’Etang-neuf à Charny dans l’Yonne.

Une quarantaine de maquis se sont implantés dans l’Yonne en 1943 et 1944. Le plus important est celui de l’Etang-neuf du réseau Jean-Marie Buckmaster, dont le PC était implanté depuis mai 1944 dans l’Aillantais, et fort d’une centaine de combattants en juillet 1944. Dépendant directement du SOE (Special Operations Executive) et disposant d’importants moyens en armes, les maquisards y ont mené des embuscades contre les soldats allemands. Fin juillet, repéré par les Allemands, le maquis doit être évacué. 

En juillet 1944, les frères Girard font partie de ces résistants qui se réfugient en forêt d’Orléans et viennent grossir les rangs du maquis de Lorris (Compagnie Albin, groupe de Laubier). En 1944,  Étienne Girard participe donc à la libération de la Ville d’Orléans puis à celle de Paris, aux côtés de leurs camarades.

C’est 1956 qu’il reviendra sur Arles, ville dans laquelle il n’a cessé depuis de témoigner auprès des élèves des établissements scolaires, jusqu’à trente fois par an ces dernières années, pour raconter inlassablement son histoire aux plus jeunes, pour leur transmettre le flambeau,  et les valeurs de la Résistance.

E Girard, Arles, 2013
Lors de la cérémonie du 69e anniversaire de la Libération d’Arles, Étienne Girard a reçu des mains d’Éliane Mezy, les insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur.

Décoré de la Croix du Combattant volontaire de la Résistance en 1988,  Étienne Girard s’est également vu remettre lors du 69ème anniversaire de la libération d’Arles en 2013 les insignes de Chevalier dans l’Ordre National de la Légion d’Honneur. Les plus assidus qui suivent notre actualité se rappelleront l’article qui lui a été consacré sur notre site à cette occasion.

Étienne Girard revenait régulièrement dans la région, malgré la distance, assister à l’Assemblée générale de l’AFAAM ou visiter le musée de la Résistance et de la Déportation de Lorris qu’il connaissait par coeur, pour rencontrer les anciens, auprès desquels il était toujours très fier de poser pour la photo de famille. Il se faisait bien sûr un devoir d’être également présent lors des cérémonies commémoratives du mois d’août.

(de g. à d.) : Jean Héau, Robert Turpin, Jacques Blain, Bernard Chalopin, Étienne Girard et Pierre Benoist (Droits réservés, AFAAM, Lorris, 14 mai 2017)
(de g. à d.) : Etienne Girard, Jean Héau, Jacques Blain, Pierre Benoist, Robert Turpin, Bernard Chalopin, Robert Gérard (Droits réservés, AFAAM, Carrefour de la Résistance, 13 août 2017)

Avec Étienne Girard, c’est une nouvelle part de l’histoire du maquis qui s’en va, il nous manquera à tous. Lors de ses obsèques à Arles le 20 mai 2018, Bernard Chalopin, ancien maquisard de la Compagnie Albin également, n’a pas manqué dans un dernier message lu devant l’assistance réunie à l’Hôtel de Ville, de rappeler le courage et l’engagement inaltérables de son compagnon d’armes (voir article dédié Arles-info).

Un hommage a également été rendu à Étienne Girard le 3 octobre 2018, l’occasion pour l’AFAAM de déposer une plaque à sa mémoire sur sa tombe, dans le cimetière de Trinquetaille. Le Centre de la Résistance et de la Déportation d’Arles et du pays d’Arles n’a pas manqué de rappeler l’investissement de « celui qui n’a cessé jusqu’au bout de vouloir témoigner de ses combats pour la liberté auprès des élèves d’Arles et du pays d’Arles ». C’est sur l’air « Le temps des cerises » cher à Étienne Girard que sa famille, les représentants de l’AFAAM et des élèves du collège Morel (qui l’avaient rencontré il y a quelques mois et étaient passés par le Musée de la Résistance et de la Déportation de Lorris), se sont longuement recueillis avant de déposer leurs gerbes de fleurs, puis d’écouter l’enregistrement d’une de ses interventions à l’espace Mistral.

Étienne Girard (Droits réservés, AFAAM, Lorris, 14 mai 2017)

Guy de Bodman (décédé en août 2017)

Trail des maquisards 2017 (Droits réservés, AFAAM, 2017)

Nos anciens auront eu une pensée toute particulière en ce mois d’août 2017 pour l’un des leurs décédé, Guy de Bodman (96 ans). Un hommage poignant lui a été rendu lors du traditionnel trail des maquisards le 19 août 2017, quelques jours après sa mort. Son parcours épouse au plus près le destin des maquisards de Lorris puisqu’il sera de tous leurs combats.

Remise de médailles commémoratives par le sous-préfet de Montargis Paul Laville aux 8 anciens du maquis pour le 70ème anniversaire en 2014, Bernard Chalopin, Jean Héau, Robert Turpin, Michel Deprecq, André Rousseau, Jacques Blain, Robert Gérard et ici Guy de Bodman (Droits réservés, AFAAM, 10 août 2014)

Prisonnier de guerre au moment de la débâcle en 1940, Guy de Bodman s’évade avant d’entrer en résistance. Il se fait d’abord recruter par le Corps Franc Vengeance avant d’intégrer le maquis de Lorris le 1er août 1944. En temps que chef de section de la compagnie Albin, il participe aux combats de Chicamour le 12 août 1944 avant d’affronter de nouveau les Allemands deux jours plus tard lors de l’attaque du maquis le 14 août.

Il suivra ensuite la route des maquisards de Châteauneuf-sur-Loire à Orléans, et jusqu’aux combats pour la libération de Paris, les 24, 25 et 26 août 1944 : alors que la Compagnie Robert et la Compagnie Paul préparent l’attaque de l’Ecole Militaire, avec à leur tête le colonel O’Neill, la Compagnie Albin de Guy de Bodman est chargée de former des têtes de pont sur la rive droite de la Seine, du Pont de l’Alma à celui de la Concorde. Elle sera ensuite engagée dans de durs affrontements pour la prise de la Chambre des Députés et du Ministère des Affaires Etrangères.

De retour dans la région, Guy de Bodman participe aux derniers combats pour la libération de la Nièvre en septembre 1944 avant de s’engager à la dissolution du maquis dans le 2ème régiment de Hussards aux côtés du lieutenant-colonel Marc O’Neill.


Michel Deprecq en compagnie de sa future épouse, se remet de sa blessure après Chicamour (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation, Lorris)

Michel Deprecq est décédé le 5 février 2017, il avait 93 ans

Michel Deprecq, originaire du Nord, s’est retrouvé instituteur à Bouzy-la-forêt après la débâcle, forcé de fuir Calais devant l’avancée allemande. Recruté dans le maquis de Lorris avec son frère Lucien en juillet 1944, Il s’entraîne dans la compagnie Robert au maniement du FM (fusil-mitrailleur), et fait partie des 2 sections de maquisards engagés dans l’embuscade de Chicamour, le 12 août 1944, baptême du feu au cours duquel il est gravement blessé. Il sera décoré de la Croix du Combattant Volontaire de la Résistance en 1993.

Pour relire le témoignage de Michel Deprecq de l’attaque de Chicamour du 12 août 1944


André Rousseau (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation, Lorris)

André Rousseau est décédé le 8 avril 2017, à l’âge de 94 ans

Originaire de Thimory, il entre en résistance en février 1944, dans l’OCM (Organisation civile et militaire), groupe de Montargis, avant d’incorporer le maquis de Vitry aux Loges. Il intègrera ensuite le maquis de Lorris après l’attaque des Allemands contre le maquis de Vitry le 17 juillet 1944. Il fait alors partie de la compagnie Albin, groupe Renaud, et participe à toutes les missions : embuscades des Bordes le 6 juin 1944, Bellegarde le 15 juin, le pont des Beignets le 29 juillet. Il participe également au combat de Chicamour le 12 aout avec Michel Deprecq, et affronte les Allemands du régiment de sécurité 1010 près du Carrefour d’Orléans le 14 août. Il sera de toutes les batailles qui suivront, participant activement à la libération de Châteauneuf sur Loire, puis Orléans et enfin Paris.

Membre actif de l’AFAAM, il participait sans relâche aux cérémonies commémoratives du Carrefour aux côtés de ses camarades.

André Rousseau (3ème en partant de la gauche) et Michel Deprecq (6ème) à la dernière cérémonie du Carrefour le 14 août 2016 (Droits réservés, AFAAM, 2016)

Le général (C.R.) Jacques de Veyssière est décédé le 7 février 2017, à l’âge de 92 ans

C’était un ancien « Cyrard », intégré au maquis de Lorris au printemps 1944, et devenu est un des chefs de groupe de la compagnie Albin. Il était commandeur de la Légion d’Honneur et de l’ordre National du Mérite.


Maurice Péron (décédé en janvier 2017)

Maurice Péron était un maquisard de la Compagnie Robert. Il s’était engagé à… 16 ans ! Vous pourrez consulter sa fiche au Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Lorris


Charles Léger à la fin de la guerre (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation, Lorris)

Charles Léger est décédé le 13 novembre 2016, à l’âge de 93 ans

Originaire de Dampierre-en-Burly, il intègre le maquis de Lorris au printemps 1944 dans la compagnie Robert. Il se distingue lors de l’attaque du 14 août 1944, en posant huit mines antichars au carrefour du chêne coquetier pour retarder les allemands. Il participe ensuite aux les combats pour la libération de Châteauneuf-sur-Loire, d’Orléans et de Paris. A la dissolution des maquis, en septembre 1944, Charles Léger choisi d’intégrer la première Armée (Rhin et Danube) du général de Lattre de Tassigny, et participe alors activement aux campagnes d’Alsace et d’Allemagne jusqu’à la capitulation allemande. Il est médaillé de la Croix du Combattant 1939-1945.

Pour relire le témoignage de Charles Léger à propos des victimes d’Ouzouer-sur-Loire

Pour revoir son témoignage de l’attaque du 14 août 1944


Renée Elise est décédée le 27 octobre 2016, elle avait 90 ans

Les Barnabés, famille Elise, PC de Chalandon (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation, Lorris)

Originaire de Belgique, c’est toute la famille Elise qui est venue s’installer à la ferme des Barnabés à Lorris. Dès le débarquement en juin 1944, de nombreux volontaires recrutés pour constituer des groupes de résistance en forêt d’Orléans, passent par les Barnabés. Parmi eux, Albin Chalandon, membre de l’ORA (Organisation de résistance de l’armée), est chargé par le colonel Marc O’Neill, responsable du secteur, de rassembler tous les volontaires de la région de Lorris : les hommes sont recrutés dans les communes de Nogent sur Vernisson, Montereau, Noyers, Le Moulinet, Vieilles Maisons, Thimory… Certains sont intégrés à l’ORA (Organisation de la Résistance Armée), les autres au « Corps Franc Liénart ». Dans la clandestinité, ils reçoivent une instruction militaire sur le maniement des armes et des explosifs. Albin Chalandon installe alors son PC dans la ferme des Barnabés. C’est de là que seront organisés de nombreux parachutages et sessions d’entraînement des volontaires, là où sont hébergés de nombreux résistants malgré les énormes risques encourus par la famille Elise, qui prendra également en charge le ravitaillement des hommes.


Jean Frémont (en gris) sur le chantier forestier (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation, Lorris)

Jean Frémont nous a quittés le 1er septembre 2016, à l’âge de 94 ans.

Originaire d’Amboise, il habite Orléans lorsqu’il décide d’ignorer sa convocation au STO (Service du Travail Obligatoire) Grâce à de faux papiers d’identité, il rejoint comme bon nombre d’autres réfractaires le chantier forestier du Carrefour d’Orléans où il travaille avec René Charton, en contact direct avec les maquisards de Lorris. Il est trahi par un agent infiltré de la Gestapo au chantier, René Rebours, alias Jacques Collinet, qui le fait arrêter alors qu’il passe un message sur Orléans. Interrogé et torturé au siège de la Gestapo aux numéros 47-48 du boulevard Alexandre Martin à Orléans, il est d’abord transféré à la prison allemande de la rue Eugène Vignat avant d’être affecté sur la base sous-marine de Lorient où il doit travailler pour les Allemands. Il s’évade une première fois, est repris, mais la seconde tentative sera la bonne. Il pourra rentrer à Orléans peu avant la Libération en août 1944.


Paul Jacquemart (décédé en mai 2016)

Paul Jacquemart (né en 1927) est un ancien maquisard de la Compagnie de réserve (voir article dédié à l’organisation du maquis). Il sera arrêté par la Gestapo à Orléans. Il est décédé à l’âge de 89 ans. Vous pourrez consulter sa fiche au Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Lorris.


Décès du Colonel Claude Morraglia, ancien cyrard du maquis de Lorris et déporté à Buchenwald (janvier 2016)

Le Colonel Claude Morraglia (né le 1er janvier 1923 à Metz) est décédé dans la nuit du 12 au 13 janvier 2016, à l’âge de 93 ans.

Claude Morraglia est un cyrard, un de ces jeunes étudiants, élèves officiers de l’armée française du lycée militaire de Saint-Cyr au Lycée Janson-de-Sailly à Paris, transféré dans un premier temps à Aix-en-Provence en octobre 1940 puis fermé en 1942. Claude Morraglia est recruté par un ancien officier instructeur, le capitaine de Montangon (alias « Liénart ») de l’ORA, l’Organisation de Résistance de l’Armée. Il entre ainsi en résistance et arrive à Montargis le 7 juin 1944 en compagnie d’autres jeunes cyrards. Tous sont d’abord cachés dans des fermes aux environs de Lorris et commencent le recrutement de jeunes volontaires autour de la commune.

Claude Morraglia décoré de la Légion d’Honneur en 1979 (Droits réservés, Musée Départemental de la Résistance et de la Déportation de Lorris)

Claude Morraglia intègre rapidement le maquis de Lorris et devient chef de groupe dans la Compagnie Albin. Il met à profit sa formation militaire pour entraîner les jeunes recrues au maniement des armes et des explosifs. Son groupe participe pleinement aux actions entreprises à l’été 1944, en particulier les missions de sabotage de ponts et de voie ferrées. C’est paradoxalement lors d’une mission a priori moins risquée qu’il sera arrêté le 14 juillet 1944. Le maquis avait besoin de véhicules pour mener ses missions et n’hésitait pas à en réquisitionner auprès des habitants de la région (je vous renvoie à l’inénarrable épisode de la traction du curé de Varennes à laquelle a participé Bernard Chalopin et raconté dans Les Sangliers sortent du bois !). Le propriétaire de la traction en question à Lorris refusa catégoriquement de céder son véhicule et alerta une patrouille de gendarmes français. Ceux-ci mirent aussitôt Claude Morraglia en état d’arrestation avant de l’incarcérer à la prison de Montargis. Le 21 juillet, il est remis à la Feldgendarmerie. Dès le lendemain, il passe sous la responsabilité de la Gestapo d’Orléans qui le livrera aussitôt à une série d’interrogatoires musclés…

Devant son mutisme, l’occupant décide alors de transférer Claude Morraglia au camp de Compiègne-Royallieu le 28 juillet. Il sera finalement déporté au camp de Buchenwald le 17 août. Il y reçoit le matricule 78706 et est affecté au kommando de Neu-Stassfurt. Avec ses codétenus, il travaille alors plusieurs mois dans une usine souterraine d’armement (une ancienne mine de sel reconvertie). Il tiendra 8 mois ainsi dans des conditions épouvantables avant d’être libéré en compagnie des autres survivants le 8 mai 1945 à Annaberg.

Claude Morraglia, contrairement à bon nombre d’anciens maquisards retournés à la vie civile à la fin de la guerre, poursuivra logiquement sa carrière militaire entamée à Saint-Cyr et sera donc de tous les combats de l’armée française dans les colonies d’Indochine puis d’Algérie. Il y gagnera ses galons de colonel.

Claude Morraglia sera décoré le 5 septembre 1979 de la plaque de Grand Officier de la Légion d’Honneur par le président de la République en personne, Valéry Giscard d’Estaing. Les honneurs militaires lui ont été rendus pour ses obsèques le 19 janvier 2016, dans la collégiale Notre Dame d’Ecouis (Eure).