C’est avec une profonde tristesse que nous avons appris le décès le 2 mars dernier à Orléans d’Hélène Mouchard-Zay, présidente fondatrice du CERCIL – Musée Mémorial des enfants du Vel d’Hiv.
Pour ceux qui ne connaissent pas le parcours de la fille de Jean Zay, je vous renvoie à l’hommage du Mémorial de la Shoah, auquel j’ajouterai humblement le mien, en rappelant simplement à quel point Hélène Mouchard-Zay, enseignante comme moi, a été une partenaire privilégiée toutes ces années, inlassable combattante pour la mémoire des victimes de Vichy et des nazis, et relais auprès des jeunes de cette mémoire qu’elle voulait vivante.
C’est en 2004 que les élèves du collège des Bordes, qui ne s’appelle pas encore collège Geneviève de Gaulle-Anthonioz, découvrent l’histoire des résistances et repressions dans le Loiret. Par l’entremise d’Hélène Mouchard-Zay, une rencontre est organisée au CERCIL, avec Serge Klarsfeld : avocat, historien, Président de l’Association des Fils et Filles de Déportés Juifs de France, membre de la Fondation pour la Mémoire de la Shoah, spécialiste de la question de la déportation des Juifs de France. Pendant plus d’une heure, les élèves pourront poser leurs questions après avoir visité les expositions du CERCIL, une expérience qu’ils n’ont pas oublié, je peux vous l’assurer, une ancienne élève y ayant participé (à la droite de S.Klarsfeld sur la photo) m’ayant sollicité en septembre dernier pour lui transmettre, 22 ans plus tard (!), l’interview filmée ce jour-là !
Grâce à Hélène Mouchard-Zay, une seconde rencontre inoubliable est ensuite organisée au collège l’année suivante, cette fois avec Annette Muller, LA petite fille du Vel’ d’Hiv ! Devant tous les élèves de troisième réunis pour l’occasion, Hélène Mouchard-Zay revient sur l’histoire des camps d’internement du Loiret tandis qu’Annette Muller raconte son expérience d’enfant juive dans la France de Vichy, des premières persécutions à la rafle du Vel d’Hiv, l’internement à Beaune-la-Rolande puis Drancy, la déportation de sa mère.

Je retiendrai également la conférence-débat organisée le 1er février 2007 au collège des Bordes par l’historien Benoît Verny, chargé de recherches au CERCIL, sur le thème : « Les camps d’internement du Loiret pendant la Seconde guerre mondiale : Beaune-la-Rolande, Pithiviers et Jargeau », toujours à l’initiative d’Hélène Mouchard-Zay bien entendu.
Après une longue pause pour se consacrer à l’énorme projet qu’a constituée la rédaction des Sangliers sortent du bois et l’étude de l’histoire du maquis de Lorris, c’est tout naturellement que les projets « CERCIL » reviennent sur le devant de la scène, avec en janvier 2012 une invitation pour présenter les Sangliers justement, à l’occasion d’une rencontre avec Xavier Aumage, archiviste du Musée de la Résistance Nationale du Champigny, et Gilles Cazenave-Cambot, professeur missionné au CERCIL par le service culturel du Rectorat de l’Académie Orléans-Tours, autour de leurs deux bandes dessinées consacrées à la résistance et la déportation : Vivre libre ou mourir, et Les enfants sauvés.
Autre moment fort, le transfert des cendres au Panthéon de Germaine Tillion, Geneviève de Gaulle-Anthonioz, Jean Zay et Pierre Brossolette, tous quatre figures illustres de la Résistance, le 27 mai 2015.
C’est ensuite au minimum tous les deux ans, au gré des thèmes de Concours National de la Résistance et de la Déportation (qui alterne chaque année sujet « résistance » et sujet plus « déportation »), que le CERCIL interviendra à mes côtés pour transmettre l’histoire des camps d’internement du Loiret, quasi absente de la mémoire locale et nationale avant la création du Centre d’étude et de recherche sur les camps d’internement du Loiret en 1991.
S’en suivront donc visites régulières évidemment des expositions du Musée-Mémorial des enfants du Vel d’Hiv d’Orléans, de l’ancienne gare de Phitiviers, de nouvelles rencontres aussi comme avec Jean-Claude Grumberg, auteur de la pièce L’Atelier qui aborde la difficile question du retour des rescapés des camps, une pièce interprétée par la troupe « Les Carnutes » devant mes élèves à Bouzy-la-Forêt (2016), ou autres manifestations auxquelles Hélène Mouchard-Zay ne refusait jamais de participer, comme ici en 2019 où elle présentait aux élèves le spectacle Quand la chanson se souvient de la Shoah.

Le dernier « gros projet » réalisé avec le CERCIL a sans nul doute été la réalisation d’un dépliant à l’occasion du 75ème anniversaire de l’arrestation et du décès de Max Jacob, un projet proposé au collège par Hélène Mouchard-Zay, agrégée de Lettres classiques je le rappelle ! S’en suivra effectivement la réalisation d’un support de médiation sur Max Jacob et son parcours à Saint-Benoît, à destination des visiteurs de Saint-Benoît-sur-Loire. Le soutien du CERCIL permettra la visite à Saint-Benoît-sur-Loire sur les lieux mêmes où Max Jacob a vécu, la découverte de l’exposition Max Jacob à l’Office de tourisme, ainsi que la visite du Musée-Mémorial des enfants du Vel d’Hiv au CERCIL, et du camp d’internement de Drancy, plaque tournante de la politique de déportation antisémite en France d’août 1941 à août 1944, et où est décédé Max Jacob. Là aussi un projet que les enfants n’oublieront pas. Il en reste encore aujourd’hui une chanson dédiée à Max Jacob, réalisée avec l’artiste Syrano, la chanson s’intitule Il est en paix.
Le Covid et mon départ du collège des Bordes dans la foulée en 2023 n’ont pour autant pas mis un terme à ce partenariat pour le moins inscrit dans la durée, puisque mes nouveaux élèves du collège de l’Orbellière à Olivet ont pu à leur tour découvrir le Musée-Mémorial des enfants du Vel d’Hiv le 26 janvier dernier, une visite initiée par une certaine… Hélène Mouchard-Zay bien sûr, avec laquelle j’ai participé à la grande Fête de l’Histoire à Chevilly en septembre cette année. Organisée par Régis Phélut pour la 50ème édition de son émission d’histoire locale sur Radio Vag, occasion nous a a ainsi été donnée une dernière fois de réfléchir ensemble sur la notion de mémoire collective et de la transmission à l’école de cette histoire aux générations futures…
Tout un symbole donc, et toujours un réel plaisir de partager avec Hélène Mouchard-Zay sur ces sujets de transmission, elle qui toute sa vie n’a eu de cesse de lutter pour faire connaître cette histoire des camps d’internement du Loiret, et pour laquelle la priorité a toujours été « la recherche historique, le recueil de témoignages, la transmission à un public le plus large possible et notre objectif, de rendre, à ces milliers de victimes assassinées, un nom, un visage, une voix, une histoire singulière…« .
J’espère à mon petit niveau avoir contribué à cette transmission, auprès de ces générations d’élèves qui depuis… plus de 20 ans déjà, ont pu découvrir cette histoire, grâce à des acteurs impliqués et généreux comme Hélène Mouchard-Zay, que je ne remercierai jamais assez pour sa disponibilité et sa gentillesse auprès de mes élèves pendant toutes ces années.








